Automatic Writing (2004)



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1. Dust
2. Another
3. The Sides
4. Addition
5. Montreal










La carrière de John Frusciante est tellement prolifique que je ne savais même pas qu’il était impliqué dans le groupe Ataxia quand j’ai emprunté leur premier album à la médiathèque de mon coin. J’ai commencé à écouter le disque sans me douter de la chose jusqu’à ce que je lise le nom de Frusciante à l’intérieur du digipack. Evidemment, j’ai été très étonné car je ne m’attendais pas forcément à retrouver le guitariste (enfin, ancien guitariste) des Red Hot Chili Peppers de manière aussi imprévue dans un projet aussi étrange et marginal qu’Ataxia, groupe complété par le bassiste de Fugazi, Joe Lally, et le batteur et claviériste Josh Klinghoffer. Frusciante a déjà eu l’occasion de sortir un paquet de disques solo et j’ai pu en écouter un ou deux (To Record Only Water For Ten Days et Shadows Collide With People si mes souvenirs sont bons), mais Automatic Writing possède un univers différent, sombre et expérimental. Le disque compte seulement cinq morceaux, tous très longs (le plus court, Another, fait six minutes, le plus long, Montreal, douze) composés de riffs hypnotiques de guitare, de lignes de basse monocorde et d’un chant pesant et mystique. John Frusciante chante sur trois morceaux (Dust, The Sides et Addition) mais je n’ai pas du tout reconnu sa voix d’habitude plus fluette et aérienne, notamment quand il s’occupe des chœurs avec les Red Hot Chili Peppers. Sur Dust, il envoie la purée jusqu’à s’érailler la voix, et partout ailleurs il est très crédible dans le rôle du frontman taciturne, sans pour autant renier les faiblesses touchantes de son chant sur quelques passages. Je trouve néanmoins qu’il a énormément progressé à ce niveau là, il fait un bon chanteur, sans doute meilleur qu’Anthony Kiedis, plus subtil et nuancé en tout cas, ça c’est certain.

Toutefois, la musique d’Ataxia est austère et peut paraître répétitive car les structures des morceaux sont très figées. Malgré leur durée les chansons évoluent peu, elles se cantonnent dans une ambiance et n’en démordent pas. Le groupe cherche en réalité à composer une musique hypnotique, entêtante, engourdissante et je dois dire qu’il réussit plutôt bien sur ce point. Automatic Writing est une plongée en apnée sonore légèrement détraquée, foutraque et langoureuse qui tire sa force de l’inertie tétanisante de ses morceaux. On est à milles lieues de la musique des Red Hot Chili Peppers mais je crois qu’il est inutile de le préciser. C’est marrant de constater à quel point John Frusciante fait le grand écart entre sa carrière solo et les disques des Red Hot. Je pense qu’il joue avec les Red Hot pour le plaisir de retrouver une bande de pote et de s’essayer à autre chose (la pop song qui se vend par camion entier), préférant concentrer ses idées sur sa carrière solo et ses projets annexes. D’ailleurs il a quitté les Red Hot fin 2009 pour se consacrer à sa carrière. Jusqu’à quand ? Ce qui est marrant c’est que c’est le batteur d’Ataxia, Josh Klinghoffer, qui l’a remplacé au poste de guitariste des Red Hot. Je me demande ce que ce changement va impliquer dans la future musique du groupe. Bref, pour en revenir à Automatic Writing, la touche John Frusciante se fait sentir à travers le travail de la guitare, les effets utilisés, les solos torchés à l’arrache semi mélodiques comme sur The Sides et les arpèges sur Another. Malgré son aspect figé, la musique est transpercée d’éclats dans le genre qui tiraillent son ambiance dans tous les sens, froide, austère, mélodique, belle, lumineuse, ce qui rend les morceaux riches en sensation, intéressants et encore plus hypnotiques. J’adore particulièrement Addition et son chant tantôt rageur tantôt mélancolique, sans pour autant donner l’impression de changer de rythme ou de ton, souligné par le riff de guitare métronomique dans le fond. Automatic Writing est un album réussi qui étonne vraiment par la puissance de son atmosphère, aussi tendue qu’envoûtante et déchirée, aussi figée que spontanée et libre. Une raison de plus pour apprécier John Frusciante, un guitariste qui ne fait décidément rien comme les autres.