Selected Ambient Works 85-92 (1992)



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1. Xtal
2. Tha
3. Pulsewidth
4. Ageispolis
5. I
6. Green Calx
7. Heliosphan
8. We Are the Music Makers
9. Schottkey 7th Path
10. Ptolemy
11. Hedphelym
12. Delphium
13. Actium


L’univers d’Aphex Twin, vu de l’extérieur, m’a toujours paru hermétique. Je ne suis pas spécialement un adepte de la musique electro, bien que je ne sois pas indifférent à la démarche de Primal Scream dans ce domaine, et les diverses images relatives à Aphex Twin, que ce soient les pochettes de disque ou les clips, sont particulièrement glauques je trouve. On dirait un peu que le bonhomme est légèrement barge sur les bords. En réalité, sa musique, en tout cas sur ces Selected Ambient Works 85-92, est plus accessible qu’on pourrait le croire. Certes le disque est très long (74 minutes) et n’est pas avare en titres à rallonge flirtant entre sept et neuf minutes, mais une fois que l’on s’habitue à l’atmosphère que dégage la musique, on est happé dans un univers sonore envoûtant. Tous les morceaux sont instrumentaux, si on met de côté les quelques paroles qui paraissent samplées de dialogues de vieux films improbables qui surgissent de temps à autre. Ce qui m’a surpris en fait c’est le calme de la musique, qui est une véritable musique d’ambiance ne versant jamais dans la techno ou le hardcore (j'aurais du prendre le titre du disque au pied de la lettre en fait). On ne s’endort pas pour autant car les beats sont présents et font office de pulsation cardiaque indispensable, mais tout le travail est axé sur la création d’ambiances que l’on pourrait qualifier d’aquatiques. On se croirait vraiment dans un aquarium sonore, c’est assez fascinant et envoûtant. En fait on se sent très bien en écoutant ce disque, il en émane une sorte de bien être, de zénitude totale merveilleuse.

Aphex Twin est un véritable architecte de la musique electro planante. Sa musique n’est jamais excessive, prétentieuse, obscure ou hermétique. Certes il faut adhérer à l’ambiance qui est tissée au fil des plages et ne pas avoir peur de plonger dans une musique aussi organique plus d’une heure durant, mais à partir de là, il n’y a aucune raison de ne pas apprécier les morceaux de ce disque, car ils sont simples, évidents, accrocheurs avec une réelle maîtrise du son et des effets électroniques. J’aime définitivement cet aspect très artisanal qui découle du disque. Humble, artisanal et à la fois terriblement ambitieux car le résultat se pose là, en terme de cathédrale sonore. Ce qui est sans doute le plus bluffant avec ces Selected Ambient Works c’est qu’ils ne baissent à aucun moment de niveau, je dirais même que plus on avance dans l’album plus la musique gagne en qualité avec des titres comme We Are The Music Makers (la ligne de basse samplée, couplée au motif sonore obsédant, est aussi minimale que groovante ; d’ailleurs on retrouve sur ce titre des paroles samplées selon le même principe que Loaded de Primal Scream sur Screamadelica) et Ptolemy, remplis de touches aussi subtiles que percutantes et mémorables qui tiennent sur trois fois rien mais qui font indéniablement de l’effet. Je trouve que la seconde partie de l’album apporte, si cela est possible, encore plus d’ampleur au projet.

On sent alors qu’Aphex Twin a eu énormément d’influence sur les concepteurs de musique de jeux vidéo (pas que évidemment mais c’est ce qui m’a le plus marqué). Des titres comme Schottkey 7th Path et Hedphelym n’auraient pas dépareillé dans un jeu vidéo de la fin des années 90, avec son atmosphère electro glauque qui semble tout droit tirée d’un film dark SF. Aphex Twin aurait (pourrait) faire un excellent compositeur pour jeu vidéo, c’est clair. En fait, la bande sonore de Perfect Dark, pour ne citer qu’elle, semble être une émanation de la musique d’Aphex Twin et surtout des titres Schottkey 7th Path et Hedphelym donc. Une raison de plus pour aimer Aphex Twin et ces Selected Ambient Works 85-92 qui ont fini par me conquérir et qui demeurent une œuvre fascinante, riche, une véritable plongée en apnée dans un univers à la limite de la beauté onirique et glacée, et malgré tout, toujours aussi humaine, mystérieuse et incisive.