I'm A Bird Now (2005)



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1. Hope There's Someone
2. My Lady Story
3. For Today I Am a Boy
4. Man Is the Baby
5. You Are My Sister
6. What Can I Do?
7. Fistful of Love
8. Spiralling
9. Free at Last
10. Bird Gerhl





L’univers de cet album est très déroutant. J’ai lu de bonnes choses à son sujet mais je m’attendais à une musique pop, enjouée, mélodique, je ne sais pas pourquoi à vrai dire, alors que les chansons de ce disque sont presque à l’opposé de tout cela. L’atmosphère est intimiste, feutrée, la musique est le plus souvent juste assurée par un piano et des arrangements de cordes très discrets. Mais le plus déroutant dans ce décor relativement dépouillé c’est la voix du chanteur, Antony, bizarrement chevrotante, à la fois profonde, presque soul, et fragile. J’ai du mal à dire si cette voix en fait des tonnes question préciosité ou si elle est sur la corde sensible, sans doute un mélange des deux, ce qui renforce son côté insaisissable. En fait j’ai vraiment du mal à voir où va cette musique, elle n’arrive pas à me parler. On sent quelques influences glam, Antony pique parfois des intonations et des mélodies à Marc Bolan (For Today I’m A Boy dont le refrain ressemble énormément à une chanson de T.Rex dont je ne me rappelle plus le titre) même si la voix tendrait plutôt vers une version apaisée et plus profonde de Jobriath (c’est notamment audible sur Fistfull Of Love, la chansons la plus nerveuse et rythmée de l’album, et pour le coup vraiment glam, qui s’emballe sur fond de guitare et de saxophones soul que n’aurait pas renié Jobriath). Et puis il suffit de voir la gueule du package pour se rendre compte que l’androgynie et le travestissement qu’Antony semble apprécier, avec paillettes et maquillage, est un héritage direct de la période glam (enfin on peut aimer se travestir sans pour autant se réclamer du glam, certes).

Mais ces influences ne font que davantage brouiller les cartes car la musique est tellement précieuse et torturée qu’elle reste malgré tout à milles lieues du côté aguicheur du glam. Ici, on a affaire à de la musique de chambre, sensible et recherchée. J’ai l’impression qu’il y a une incompatibilité entre ce que la musique est censée transmettre et ce qu’elle transmet réellement. L’émotion est difficile à percevoir, et malgré la volonté de livrer une musique aride, dépouillée, j’entends trop de fioritures dans l’interprétation pour que la formule marche à fond. Bref, j’ai vraiment du mal à croire en cette musique. On dirait plutôt que l’on se trouve dans un cabaret à assister à un numéro de transformiste que dans une pièce à l’atmosphère intimiste et touchante. Ce n’est pas péjoratif ce que je dis, c’est d’ailleurs peut-être ce qu’Antony cherche à faire, monter un numéro, faire naître de l’émotion dans l’excès (excès de l’interprétation encore une fois, pas vraiment de la musique). Le pathos un peu trop affecté, aux airs de grandeur et décadence, confine en réalité à la tragédie personnelle, à la tristesse insondable, au pathétique au sens littéral. Pathétique est sans doute le terme qui convient le mieux à la musique d’Antony. On emploie souvent ce mot pour désigner quelque chose de dérisoire, de risible, alors que son véritable sens c’est « qui émeut, qui bouleverse ». Je ne sais pas comment on en est venu à vider ce mot de quasiment tous son sens. Quoi qu’il en soit, I’m a Bird Now est un album qui arrive à concilier les deux sens du mot, le véritable et le détourné. La musique peut paraître risible, surtout lors des premières écoutes, alors qu’en réalité elle cherche surtout à émouvoir, et c’est en versant dans son côté exagéré qu’elle atteint finalement son but car c’est ce qui la définit. Quand on commence à comprendre cela, les émotions pointent le bout de leur nez sur certaines chansons, comme For Today I’m A Boy et You Are My Sister, et même moi je n’en suis pas insensible. Néanmoins, je n’arrive toujours pas à savoir si les chansons de cet album sont exhibitionnistes, dans le sens où elles semblent étaler leur sensibilité à fleur de peau de manière dépouillée, ou si, au contraire, elles sont pudiques, en se servant justement des artifices de la voix, et du côté mise en scène, pour ne pas se dévoiler entièrement. C’est peut-être là le plus grand mystère de cet album, mais, au final, il reste certainement plus hermétique et distant que réellement envoûtant.