George Orwell



Une Histoire Birmane

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Première parution : 1934
Edition : 2001 10/18 n°3338 (368 pages)
Quatrième de couverture :
« Cinq années d'ennui, sans même le son des trompettes ! » Dans ce livre, George Orwell relate son expérience d'officier dans les forces de l'ordre en Birmanie de 1922 à 1927. Il marque également sa prise de conscience personnelle et son interrogation sur le destin de l'Angleterre en tant que puissance coloniale. « Ce récit donne à sentir – de l'intérieur toujours, et non sans force dramatique – le conditionnement fait d'extrême discipline, d'arrogance, de snobisme et de terreur travestie qui constitue le bagage de tout serviteur de l'Empire britannique. »





George Orwell est un personnage à la vie fascinante, il n’est pas usurpé de dire qu’il est un des plus grands témoins de son époque. Chacun de ses romans évoque un évènement ou un fait, de manière plus ou moins personnelle, qui ont façonné l’Histoire du XXème siècle : de la guerre en Espagne, à la pauvreté vécue à travers l’Europe, en passant par l’industrialisation et l’urbanisation bouleversant les repères d’individus en manque de sens, le tout sous l’influence dominante du système communiste dans la vie politique et sociale de l’époque… Une Histoire Birmane relate, quant à lui, le passage d’Orwell dans les forces de l’ordre birmanes. Si c’est évidemment cette expérience qui l’a nourri, ce livre n’est pas une autobiographique comme Dans la Dèche à Paris et à Londres, mais un roman de fiction, l’occasion de tracer le portrait d’un Empire britannique peu glorieux. Constamment écrasés par l’humidité et la chaleur, les personnages vivent ainsi dans l’attentisme et l’aigreur de leur petite communauté britannique, refermée sur elle-même, dans un village birman paumé à l’orée de la jungle. Orwell met le doigt sur les tares de ces personnes ethno centrées, arrogantes, prétentieuses et racistes. Quand un membre de la communauté, à l’image de Flory, se montre respectueux envers la société birmane et ses coutumes, plus par convenance que par conviction, il fait face à la désapprobation de ses compatriotes. Le livre dévoile ainsi la face obscure et banale, plus ou moins cachée, de la colonisation.

L’histoire laisse une grande place à la relation entre Flory et Elizabeth, une jeune femme fraîchement débarquée en Birmanie. Une relation compliquée, du genre « je t’aime moi non plus », avec deux personnes torturées, qui ne savent pas vraiment communiquer, et qui ne sont tout simplement pas faites pour être ensembles, comme c’est souvent le cas chez Orwell. Flory veut une présence, partager, parler, trop peut-être, piégé dans cet enfer birman. Elizabeth semble chercher l’amour, mais, loin de tout romantisme, on découvre, au fil du livre, qu’elle cherche juste un homme aisé, de la bonne société, avec lequel se caser, sans forcément avoir d’affinités. On en vient à plaindre Flory, fou amoureux, mais qui n’arrête pas de s’enfoncer sans comprendre pourquoi, aveuglé par son envie d’aimer. Alors qu’Elizabeth, butée, sainte nitouche, volage et lunatique, devient antipathique, en jouant avec Flory, sans méchanceté foncière, mais plutôt par indécision, par fierté, enchaînant les voltes faces caractérielles et exaspérantes. Et quand tout semble s’arranger, un problème survient à chaque fois. Le livre s’éternise ainsi entre les hauts et les bas de la relation Elizabeth/Flory. Les sous intrigues, comme les manigances de U Po Kyin, passent au second plan, même si c’est la goutte qui va faire déborder le vase. La fin est d’ailleurs prévisible, tant la détresse émotionnelle de Flory est forte. On ressent alors le vide effarant de la vie des fonctionnaires et des officiers britanniques en Birmanie, seuls, exilés, déracinés. Mais le bouquin est un poil trop long et il ne se passe pas grand-chose durant les 350 pages. Une Histoire Birmane n’est pas un des meilleurs Orwell, c’est certain, même si ça se lit toujours agréablement et qu’il est facile de se reconnaître dans Flory, personnage touchant, névrosé, avant tout maladroit dans son incapacité à gérer son envie impérieuse d’aimer et de communiquer.



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Une Fille de Pasteur

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Première parution : 1935
Edition : 2008 Le Livre de Poche (384 pages)
Quatrième de couverture :
Fille unique, Dorothy vit une existence morne avec son père, le pasteur acariâtre d’une petite paroisse du Suffolk. Frappée par une soudaine amnésie, elle se retrouve à la rue et va partager l’existence des déshérités, des clochards de Londres aux cueilleurs saisonniers de houblon. Mais, à mesure que la mémoire lui revient, Dorothy trouvera-t-elle en elle-même la force d’aspirer à une autre vie ? Publié en 1935 et inédit en français jusqu’en 2007, Une fille de pasteur est l’un des premiers romans de George Orwell. Avec une lucidité et une acuité implacables, Orwell dépeint l’hypocrisie, la pauvreté et la misère spirituelle qui vont accompagner Dorothy dans son odyssée à travers l’Angleterre des années 1930.




Orwell disait lui-même que ses moins bons livres sont ceux sans conviction politique. Une Fille de Pasteur fait partie de cette catégorie et il est difficile de donner tort à l’auteur anglais. On a l’impression que, durant plus de 300 pages, Orwell navigue à vue dans un récit plat et monotone. La vie est routinière pour Dorothy, la fille du pasteur du village, entre les tournées chez les habitants, la gestion des dettes, le bricolage et les disputes de clocher. Un évènement clé intervient alors et constitue le point de rupture de l’histoire, bouleversant de manière radicale l’existence de la jeune fille. Malgré tout, il manque une ligne directrice précise dans ce récit qui a tendance à s’éparpiller. Orwell prend le prétexte de cette histoire décousue pour exposer, comme d’habitude, son point de vue sur plusieurs aspects de la vie. L’Eglise tient une part centrale dans le livre, avec l’exposition et la contradiction des différents courants de l’Eglise anglaise. Les fondements de la foi sont décortiqués : quel est son sens, comment fonctionne-t-elle, de quelle manière l’acquiert et la perd-on, et pourquoi ? Autant de questions symbolisées par le parcours de Dorothy à travers l’Angleterre des années 30, tristement dépeintes par Orwell. Mais l’auteur reste très flou quant au message qu’il cherche à délivrer (tant est que ce soit le cas). La résignation finale est très frustrante et renforce le sentiment d’avoir tourné en rond pour rien, les questions n’étant finalement jamais résolues. Mais, après tout, les véritables questions obtiennent rarement des réponses. On reste souvent tel que l’on est, l’inertie étant plus forte que les expériences que l’on peut vivre. Si Dorothy rappelle un peu la Elizabeth peu attachante de Une Histoire Birmane, par ses côtés sainte nitouche, on compatit plus facilement avec elle à travers ses galères et sa reconquête spirituelle, même si l’ensemble manque de personnalité et d’âme. Une Fille de Pasteur est un roman mineur dans la carrière d’Orwell.