Timothy Zahn - Vol Vers l'Infini


...

Première parution : 2007
Edition : Fleuve Noir (445 pages)
Quatrième de couverture : La Guerre des Clones vient d'éclater lorsque le maître Jedi Jorus C'Baoth demande au Sénat de subventionner son projet ambitieux, une expédition visant à coloniser les régions inconnues de la galaxie. Si, dans un premier temps, le gouvernement bureaucrate s'y oppose, C'Baoth réussit finalement à gagner le crédit politique dont il a besoin pour réaliser son rêve et organiser le vol vers l'infini. Ce que le maître ignore encore, c'est que le maléfique Dark Sidious s'intéresse de très près à cette mission. Une fois dans l'espace, le Jedi devra non seulement lutter contre cet ennemi redoutable mais encore se soustraire aux attaques du machiavélique Thrawn, un alien d'une intelligence peu commune. C'Baoth, qui pensait partir pour un simple voyage de reconnaissance, se retrouve pris dans une guerre dont l'enjeu se révèle être sa propre survie...



Vol Vers l’Infini se situe juste avant l’Attaque des Clones et donc après Planète Rebelle. Contrairement aux deux précédents livres Star Wars que j’ai eu l’occasion de lire (L’Ombre du Chasseur et Planète Rebelle), Vol Vers l’Infini propose une intrigue véritablement intéressante et dense avec des péripéties et des personnages nombreux et accrocheurs. Les enjeux de l’histoire sont importants puisqu’on assiste à la mise en place du projet Vol Vers l’Infini, une ambitieuse expédition portée par le Maître Jedi Jorus C’Baoth consistant à coloniser une planète vierge aux frontières de la République dans le but de prévenir les menaces potentielles des Régions Inconnues. C’Baoth espère secrètement pouvoir fonder une nouvelle société avec les familles de colons et les Jedi enrôlés dans le projet, loin des turpitudes de Coruscant et d’une République qui part à vau-l’eau. La mise en place du Vol Vers l’Infini rencontre des difficultés, notamment de la part du Sénat qui semble ne pas vouloir se préoccuper d’un sujet aussi éloigné des problèmes concrets de la République. Ce projet se retrouve en fait au cœur d’une intrigue complexe avec un Dark Sidious qui complote dans l’ombre afin d’utiliser le Vol Vers l’Infini à ses propres fins. Le livre réserve donc des luttes de pouvoirs, des manigances secrètes, des intrigues politiques et stratégiques vraiment bien ficelées dans la grande tradition Star Wars. Les motivations des différents personnages se dévoilent au fur et à mesure de l’histoire et ne semblent jamais totalement définies, s’adaptant au gré des retournements de situation.

Les personnages sont, dans l’ensemble très réussis. Jorus C’Baoth est un Jedi ambigu, il dégage un sentiment de grande puissance et une maîtrise impressionnante de la Force sans que l’on puisse vraiment la mesurer ou la comparer à celle de Yoda et Mace Windu. Son arrogance le rend presque antipathique mais on est bien obligé, comme toutes les personnes embarquées sur le Vol Vers l’Infini, de respecter sa force de conviction. Sa Padawan, Lorana Jinzler, est écrasée par l’aura de son Maître, au point d’en devenir très attachante. On sent qu’elle est apte à devenir une bonne Jedi (davantage que C’Baoth en réalité) mais ses doutes quant à ses capacités (elle se compare à Anakin Skywalker qui a 6 ans de moins mais qui lui paraît plus fort) la rendent intéressante. La vie à bord du Vol Vers l’Infini (qui est en fait une seule structure comprenant six cuirassés fixés autour d’une colonne centrale) est mouvementée et les civils, familles et équipages, ne tardent pas à se rebeller face à l’attitude de Jorus C’Baoth qui instaure des règles de manière autoritaire et cherche à enrôler les enfants les plus aptes à devenir Jedi, quel que soit leur âge, alors que les Padawan sont censés être formés dès leur plus jeune âge. Malgré le nombre élevé de personnages à bord du Vol Vers l’Infini, ils sont tous parfaitement développés, que ce soit Jinzler (dommage qu’il n’y ait pas plus de scènes avec son frère car leur relation aurait mérité d’être plus éclairée), le Maître Jedi Ma’Ning ou le mécanicien Uliar chef de file des mécontents. Comme il semble impossible de s’en passer, Obi-Wan Kenobi et Anakin Skywalker sont également du voyage, pendant un certain temps. Leur relation a évolué depuis Planète Rebelle et se rapproche de celle qu’ils auront dans l’Attaque des Clones, avec un Anakin désormais adolescent et toujours prêt à expérimenter de nouvelles sensations. A l’origine, leur but est de surveiller l’attitude de C’Baoth tout en prenant le prétexte de chercher Vergere, la Jedi dont ils n’avaient su retrouver la trace sur Zonama Sekot dans Planète Rebelle et qui semble encore plus importante qu’il n’avait paru au premier abord. Je trouve Obi-Wan particulièrement pertinent, il commence nettement à devenir cette source de sagesse, de calme et de maîtrise qui fait de lui un des plus grands Jedi de toute la saga. Il semble toujours faire le contrepoids vis-à-vis des décisions emportées de C’Baoth. Plus que jamais, il est la voie de la raison (ce qui peut sans doute le rendre agaçant aux yeux de certains). Mais il ne peut s’opposer autant qu’il le souhaite à C’Baoth car il est finalement obligé de quitter le Vol Vers l’Infini avec Anakin quand Palpatine, en personne, vient les chercher, plus pour sauver Anakin des problèmes qui se préparent qu’autre chose (on voit que Sidious s’intéresse énormément à Anakin).

En effet, on sent depuis le début que le Vol Vers l’Infini s’apprête à connaître de gros soucis en s’aventurant dans les Régions Inconnues, car Dark Sidious manigance des choses pas très claires avec son homme de main Doriana et les vaisseaux de la Fédération du Commerce qui s’apprêtent à réceptionner le Vol Vers l’Infini au moment où celui-ci est censé quitter les frontières de la République. Le problème c’est que, comme leur nom l’indique, des choses inconnues se promènent dans les Régions Inconnues, des créatures insaisissables et dangereuses. Parallèlement au trajet du Vol Vers l’Infini, on suit ainsi les péripéties d’un trio de marchands, Qennto, Maris et Car’das, qui se font capturer par une race inconnue, les Chiss, avec à leur tête un commandant nommé Mitth’raw’nuruodo (ou Thrawn pour les intimes). A vrai dire, le véritable personnage principal de l’histoire pourrait être Car’das, le jeune navigateur marchand, qui va peu à peu développer une relation de confiance/méfiance vis-à-vis du commandant Thrawn. Celui-ci se révèle être un formidable tacticien et un meneur d’hommes d’une intelligence acérée. Ce personnage est fascinant et il semble pouvoir en remontrer aux Jedi eux-mêmes dans un registre complètement différent. Le climax de l’histoire est évidemment la rencontre inévitable entre le Vol Vers l’Infini et la flotte de Thrawn, même si auparavant on assiste à de nombreuses péripéties mettant en scène les propres problèmes internes et les luttes de pouvoir au sein de la société Chiss, avec des batailles contre des races ennemies et des négociations, ainsi que l’apparition de Doriana, l’homme de Sidious, au milieu de tout cela qui chamboule la situation et les motivations des différents personnages jusqu’à la fin, au point où l’on ne sait plus s’il faut vraiment trouver un méchant et un gentil dans l’histoire. Personne n’est propre, tous les personnages semblent agir sous la contrainte de la situation qui s’est forgée au fil des pages. C’est peut-être là que se situe la réussite du livre, outre la galerie de personnages finement brossés, les dialogues intelligents et le foisonnement de l’histoire qui accumule, sans jamais se perdre, les intrigues intéressantes. La fin s’ouvre sur de nouvelles possibilités qui ne demandent qu’à être exploitées dans un nouveau livre (il existe peut-être déjà d’ailleurs).