Jack Vance - La Planète Géante


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Première parution : 1952
Edition : 2005 Folio SF n°228 (288 pages)
Quatrième de couverture : L'attentat a réduit leur vaisseau en miettes et les a précipités sur la Planète Géante, un monde farouche et dangereux qui, quelques générations plus tôt, servait encore de lieu d'exil pour tous les parias de la galaxie. Pour survivre dans ce monde où l'absence de métaux interdit toute technologie, les occupants de l'épave n'ont plus qu'une solution : rejoindre à pied l'Enclave terrienne, de l'autre côté de la planète… à quelque 65000 kilomètres de là !






Le titre du livre (ainsi que la couverture de l’édition Folio SF) laisse présager une aventure palpitante dans un décor grandiose et épique, avec une trame de science-fiction dense, riche et foisonnante, mais il n’en est rien. On se retrouve, au contraire, avec une histoire plate, limitée et sans aucune once de subtilité. Pourtant les choses commencent plutôt bien : l’idée de départ est certes convenue (un groupe de terriens est dépêché par le gouvernement mondial sur une planète au bord de l’anarchie, peuplée par les rebus de la société – la Planète Géante - dans le but de ramener un peu de calme dans le coin et surtout de mater le despote local, le Bajarnum du royaume de Beaujolais, qui cherche à faire main basse sur la planète entière), mais elle pose des enjeux intéressants et semble réserver son lot d’intrigues politiques mâtinées d’évasion et de découvertes. En fait le vaisseau de la délégation se crashe sur la Planète Géante et la troupe de terriens part en mission commando pour rejoindre l’Enclave Terrienne située à l’autre bout de la planète, soit un petit périple à pied de 65000 kilomètres. Arrivé à ce stade on se dit que c’est une blague : après tout comment un si petit livre qui fait un peu moins de 300 pages peut raconter les péripéties d’un groupe de joyeux fondus qui vont s’amuser à traverser une planète à pied ? Il n’empêche que, par cette banale astuce, l’auteur nous fait prendre conscience de l’absurdité de l’entreprise et on reste aussi interloqué que les personnages du livre quand le chef du groupe – héros tout désigné de l’aventure – Claude Glystra, annonce sa décision à tout le monde. Si les subordonnés de Glystra tentent alors d’établir les chances qu’ils ont de rester en vie face à l’épreuve qui les attend, le lecteur est plutôt à se demander si c’est du lard ou du cochon, et ne peut imaginer se taper 65000 kilomètres de randonnée en si peu de pages. Et pourtant si, c’est bel et bien le scénario du livre.

La troupe de terrien traverse donc la Planète Géante et doit affronter les obstacles les uns après les autres, obstacles qui prennent la forme de contrées et de peuplades hostiles. On se rend alors compte que le livre, l’histoire et les personnages, sont uniquement un prétexte pour dresser le décor d’une planète étrange, mélange improbable de peuples aux coutumes passéistes, voire barbares. On croise ainsi des cannibales, une communauté féodale aux mœurs étranges ou bien encore des fondamentalistes religieux. A vrai dire, l’univers ne doit quasiment rien à la SF mais beaucoup plus à la fantasy. Et c’est franchement dommage, car le livre reste de ce fait dans un genre trop standardisé, sans originalité, pour ne pas dire complètement bourrin. Les épreuves se succèdent ainsi, de manière hachée, trop rapide pour se familiariser avec quoi que ce soit. Chaque obstacle prélève son tribut sur la compagnie de terriens et les gentils coéquipiers de Glystra tombent les uns après les autres, coupables de traîtrise ou victimes des peuplades hostiles. La violence est assez crue, certains personnages se font tuer de manière gore, et le passage final chez les religieux percutés de la cafetière est vraiment glauque (un peu comme dans le Temple Maudit). Mais tout cela est très cliché, trop artificiel dans son déroulement, ce qui fait que l’on a un peu de mal à croire à l’histoire et aux personnages. Le récit est trop centré sur Glystra qui incarne le héros sans peur et sans reproche qui triomphe de l’adversité en imaginant des combines qui le tirent toujours des mauvais pas.

Les autres personnages sont inintéressants car ils n’ont tout simplement pas voix au chapitre : leurs personnalités ne sont pas bien définies, on a du mal à les prendre en sympathie, ils ne se distinguent pas les uns des autres et ne servent presque à rien dans l’histoire si ce n’est à périr soudainement alors qu’ils commençaient doucement à se faire une place à l’image de Pianza et Bishop. Le traitement inégal des personnages est cependant incarné à merveille par Nancy, la jeune femme convoitée par Glystra du début à la fin du livre. Elle est absolument transparente alors qu’elle est, au final, bien plus importante qu’elle ne le laisse paraître (ce dont on se doutait un peu). Mais voilà tout le problème du livre, on se fiche de ce qui arrive aux personnages car on n'est jamais amené à être intéressé par leurs caractères, leurs agissements. Les révélations finales tombent à plat et ne sont guère bouleversantes car les personnages sont insipides et n’ont jamais réussi à exister, hors du halo entourant Glystra. La Planète Géante se résume donc à une histoire de gros bill, brute de décoffrage, sans subtilité, un récit de fantasy pour gros bras à l’ancienne. Malgré tout, l’aventure se laisse suivre, le style de Jack Vance (en tout cas ce que laisse transparaître la traduction) est bancal (certaines descriptions sont étranges car brutales et vagues dans leurs explications, du genre il faut attendre de lire les dialogues des personnages pour comprendre que quelqu’un vient de se faire trucider) mais sans trop de fioritures, à l’image de l’histoire qui va droit au but et ne s’embarrasse de rien. En somme la Planète Géante n’est pas un mauvais livre mais il n’est guère passionnant et intéressant.