Thomas Burnett Swann - La forêt d'Envers-Monde



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Première parution :
. La forêt d'Envers-Monde 1975
. Les Dieux demeurent 1976
. Le peintre 1960
Edition : 2006 Folio SF n°253 (464 pages)









Il ne faut pas se faire leurrer par la pochette de ce bouquin, qui nous laisse imaginer un monde héroïc-fantasy enchanteur, alors que l'originalité du style de Thomas Burnett Swann se démarque justement de ce genre d'univers, en créant sa propre mythologie mélant chimères légendaires et romantisme libertin. Le premier récit du livre (qui en compte trois) - la Forêt d'Envers-Monde - pose bien les données du problème. C'est dans un décor banal, l'Angeleterre du XVIIIème siècle, que s'immisce le parfum de l'aventure et de l'inconnu, en la personne d'une étrange et ancestrale forêt qui semble douée de vie. Une jeune écrivaine invalide et rêveuse, accompagnée d'un marin pragmatique dont elle est éprise, et de sa tante enrobée, va alors s'embarquer dans un périple incertain et dangereux dans cet enfer vert. Swann arrive alors à nous embarquer dans un univers fantasmagorique, peuplé d'apparitions de créatures fabuleuses, le tout baigné d'un romantisme exacerbé. Le côté charnel des personnages est une des composantes essentielles du style de Swann, à tel point que le récit frise parfois avec une érotisme bizarre, voire déplacé. Mais Swann assume son écriture, et cette sensualité prononcée contribue à la dimension évanescente et naïve de l'histoire, qui touche par instant au burlesque pur (Swann ne s'impose aucune limite). Finalement, il ne se passe presque rien dans cette forêt, le temps semble s'être figé, et il semble peu important que la jeune écrivaine et le marin trouvent ce qu'ils sont venus chercher, puisque ce sont eux, qu'ils ont trouvé et deviennent de fait attachants et simplement touchants.

Le deuxième récit (Les Dieux Demeurent), par contre, est moins convaincant. Beaucoup plus abstraite, prenant place dans l'Antiquité, à l'époque du règne de Constantin, cette histoire raconte, en quelque sorte, la lutte des cultes païens face à la domination judéo-chrétienne. Cette opposition est l'occasion pour les personnages, des Dieux païens, de s'adonner à des orgies, plus sexuelles que gastronomiques, et réaliser un périple sur les mers pour échapper aux foudres de leurs poursuivants chrétiens. Swann arrive à nouveau à peindre un cadre original, où les références multiples à l'épopée d'Ulysse et aux créatures mythologiques ancrent l'aventure dans un univers antique et fantasmé. Malheureusement, l'histoire tourne cette fois-ci vraiment en rond et lasse par son côté charnel tuant des personnages ayant du mal à exister (on a l'impression qu'ils ne vivent que pour copuler). Il semble indéniable que Thomas Burnett Swann réussit davantage dans la création d'univers originaux, aux inspirations mythologiques, que dans une véritable maitrise narrative. Ses histoires sont singulières mais, dans le fond, peu intéressantes, même si on pourra être sensible à l'aspect romantique et poétique, voire légèrement mélancolique, du style de l'écrivain. C'est en tout cas ce qu'il ressort de ces deux récits, la Forêt d'Envers-Monde et Les Dieux Demeurent, sachant que Swann et surtout connu pour sa trilogie du Minotaure. Le dernier texte du bouquin - Le Peintre - est une nouvelle d'une dizaine de pages (alors que les deux autres récits font environ 200 pages) plutôt anecdotique et pour la peine véritablement SF, évoquant de manière amusante l'origine des inspirations du peintre Jérôme Bosch..