Christopher Priest - La Fontaine Pétrifiante


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Première parution : 1981
Edition : 2003 Folio SF n°128 (368 pages)
Quatrième de couverture : Dans un cottage isolé dans la campagne anglaise, Peter Sinclair, jeune écrivain désoeuvré, cherche à faire le point sur son existence en rédigeant son autobiographie. Mais l'écriture commence à dériver. L'Angleterre autour de lui, plongée dans une lente apocalypse, s'efface peu à peu. Et Peter Sinclair se retrouve en train d'écrire l'histoire d'un autre homme, citoyen d'un monde imaginaire avec sa mer Centrale, sa cité de Jethra et son foisonnement d'îles exotiques — parmi lesquelles la mythique Collago, où la Loterie offre aux heureux gagnants l'accès à l'immortalité...






Avec ses histoires de réalités parallèles, de schizophrénie, de personnages paumés et incapables d’appréhender la vérité, la Fontaine Pétrifiante semble marcher sur les plates bandes d’un certain Philip K. Dick. Ce n’est pas surprenant quand on sait que l’univers de Christopher Priest est parfois comparé à celui du maître de la Science Fiction pas bien dans sa tête (ceci dit, la Fontaine Pétrifiante c’est plus du fantastique que de la SF). Mais, pour le coup, je trouve que c’est raté : la Fontaine Pétrifiante n’arrive pas à la cheville du plus banal récit de Dick. Le début du livre est intéressant, la détresse du personnage principal, Peter Sinclair, est palpable et son envie obsédante d’écrire son autobiographie est fascinante. On a l’impression d’assister à la lente déchéance d’un homme qui a tout perdu et qui s’enfonce un peu plus dans les tréfonds de son esprit dérangé. Puis, l’histoire prend un nouveau tournant, on vit les deux existences que mène Peter Sinclair, celle apparemment réelle, et celle de son récit autobiographique fantasmé dans lequel il a modifié la plupart des éléments tangibles (par exemple Londres s’appelle Jethra, et Sinclair se rend dans l’archipel des îles pour recevoir la vie éternelle, gros lot qu’il a décroché en jouant à la loterie).

Tout le talent de Priest est de perdre le lecteur en cours de route. Il devient vite impossible de démêler le vrai du faux, l’histoire jonglant constamment entre les deux réalités, jusqu’au point de rupture où les deux univers vont finir par s’immiscer l’un dans l’autre. La fin est d’ailleurs très surprenante et déroute encore plus, si cela est possible, faisant définitivement plonger l’histoire dans un abîme indéchiffrable. Evidemment il faut être très attentif tout au long du livre pour comprendre le sens de la dernière phrase. Peut-être trop. Priest tient là une idée géniale mais un peu trop tournée sur sa propre construction du récit pour être accessible à tous. On sent qu’il s’est fait plaisir en glissant ce genre de détail au milieu de son bouquin. Evidemment c’est excellent, mais c’est mieux quand on comprend tout de suite et non après coup, ce qui diminue l’effet voulu par l’auteur. En fait le concept final semble justifier tout le déroulement du récit et c’est là où ça devient gênant. Les vies de Peter Sinclair ne sont pas très intéressantes, elles tournent autour de ses amours avec les femmes réelles ou fantasmées (Gracia est Séri ou l’inverse, à moins que ce ne soit la même personne ?) et de la recherche perpétuelle de son identité. Sinclair hésite, tergiverse, tourne en rond, et finalement n’avance jamais, nulle part, ou alors pour mieux reculer. En cherchant à bien nous faire comprendre que Sinclair perd pied et se noie dans les réalités alternatives, le récit s’éternise. On comprend vite les enjeux du livre, mais, par la suite, l’histoire ne surprend plus, elle n’arrive pas à se renouveler et finit par être lassante. Priest n’a pas la capacité de Dick pour créer un univers intrigant et des personnages aux psychologies toutes plus fines et torturées les uns que les autres. Avec la Fontaine Pétrifiante, en tout cas, il n’a pas ce don pour rendre son histoire captivante.