Terry Pratchett - La Huitième Couleur
(Les Annales du Disque Monde I)


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Première parution : 1983
Edition : 2000 Pocket n°5646 (288 pages)
Quatrième de couverture :
Dans une dimension lointaine et passablement farfelue, un monde en forme de disque est juché sur le dos d'une tortue. À Ankh-Morpork, l'une des villes de ce Disque-Monde, les habitants croyaient avoir tout vu. Et Deuxfleurs avait l'air tellement inoffensif, bonhomme chétif fidèlement escorté par un Bagage de bois magique circulant sur une myriade de petites jambes. Tellement inoffensif que le Praticien avait chargé le calamiteux sorcier Rincevent de sa sécurité dans la cité quadrillée par la guilde des voleurs et celle des assassins ; mission périlleuse et qui va les conduire loin : dans une caverne de dragons et peut-être jusqu'aux rebords du Disque. Car Deuxfleurs appartenait à l'espèce la plus redoutable qui soit : c'était un touriste...



Les Annales du Disque Monde sont à la fantasy ce que le Guide du Routard Galactique de Douglas Adams est à la Science Fiction : une vaste parodie (a priori) déjantée. On suit le parcours du mage le plus nul et le plus peureux du Disque Monde, Rincevent, chargé d’assurer la protection du touriste le plus naïf du Disque Monde, Deuxfleurs. Ce point de départ est le prétexte à une aventure sans queue ni tête qui va trimbaler nos deux héros aux quatre coins du monde. Malheureusement l’ironie et l’humour semblent justifier une intrigue inexistante, découpée artificiellement en scénettes sans rapport entre elles. On retrouve exactement le même problème qu’avec le Guide du Routard Galactique, à savoir un débitage de scènes censées être hilarantes mais sans aucun intérêt narratif, sans fond, sans trame vraiment intéressante à suivre. Comme Douglas Adams, Terry Pratchett manie l’art de l’absurde un peu trop absurde. Certains voient là une imagination débordante mais quand tout devient possible plus rien n’est vraiment surprenant ou amusant. Noyer un récit sous les idées soi disant originales revient à ne pas avoir d’idées, c'est à dire des idées vraiment valables. C’est une solution de facilité. Le bouquin de Pratchett n’est pas mauvais, il se lit facilement, certains passages arrivent à tirer un sourire, quelques personnages sont sympathiques (Hrun le barbare), mais il n’est pas aussi accrocheur ni aussi fendard que sa réputation le laisse entendre. On me dira que la Huitième Couleur n’est que le premier tome d’une série qui compte un nombre d’épisodes à rallonge. C’est vrai, et ce premier volume ne fait que mettre en place un univers, à l’instar du premier tome du Guide du Routard Galactique. En gros, il se passe des choses mais il ne se passe rien, la fin du tome survenant alors que la véritable aventure semble à peine débuter. Pour mieux juger l’œuvre il faut sans doute lire les tomes suivants (enfin pas tous mais un certain nombre vu que les tomes du Disque Monde correspondent à des cycles qui comprennent plus ou moins trois tomes et qui s’attardent sur des personnages précis de l’univers de Pratchett). Mais je ne trouve pas que cela soit une excuse valable. Je trouve au contraire abusé de faire une série à rallonge alors que l’histoire, au fond, n’est pas des plus profonde et intéressante. La volonté de faire de l’humour rallonge inutilement une recette pas bien palpitante à la base. C’est bien beau de vouloir faire une parodie mais même Tolkien n’a jamais sorti plus de trente volumes centrés sur un même univers. La véritable ironie dans l’histoire c’est que les Annales du Disque Monde sont devenues un des représentants les plus prolifiques et reconnus d’un genre dont elles cherchent à parodier les excès.