Jack Kerouac - Le Vagabond Solitaire


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Première parution : 1960
Edition : 1980 Folio n°1187 (288 pages)
Quatrième de couverture :
Le vagabond solitaire, c'est " un recueil de morceaux... qui ont été rassemblés ici parce qu'ils ont un thème commun : le voyage ". Ces pérégrinations recouvrent les Etats-Unis du nord au sud et d'est en ouest, le Mexique et une partie de l'Europe dont la France, que Jack Kerouac considère comme sa seconde patrie. Tour à tour cheminot en Californie, aide-cuisinier sur un cargo, flâneur avec les beatniks de New York, Jack Kerouac part à l'aventure et déclare qu' " il n'est rien de plus noble que de s'accommoder des quelques désagréments que nous apportent les serpents et la poussière pour jouir d'une liberté absolue ".





Quand on écoute de la musique 60’s et 70’s, il est difficile de passer à côté de Kerouac, plutôt symbole de la beat génération, certes, mais figure évocatrice du parfum de liberté qui flottait jusqu’à la fin des années 60 et la culture hippie. Le Vagabond Solitaire est un recueil de nouvelles autobiographiques. Le style de Kerouac est très particulier, une sorte d’écriture automatique qui enfile des phrases interminables, avec des dizaines de pensées qui se succèdent et s’entremêlent. A la fin de la phrase on ne sait même plus ce que l’on a lu au début. D’autant que Kerouac carburait aux acides, il le dit lui-même, et pas qu’un peu, ce qui se ressent dans son écriture. Si ses descriptions interminables des paysages de l’Amérique ou de plus petits détails, à coup de métaphores psychédéliques, sans queue ni tête, ne sont pas des gros délires de camés, je ne m’y connais pas (en fait j’y connais rien). Ces délires sont un peu lourds et gâchent la lecture qui devient indigeste. Du coup les histoires autobiographiques de Kerouac peinent à captiver. Les premiers récits sont ennuyeux, on ne fait que suivre Kerouac dans des aventures peu palpitantes mais révélatrices de leur époque et des conditions de travail. On apprend donc le métier de cheminot en Californie dans les années 50, entre rails et mer, fantasmes et visions de Kerouac qui tournent un peu en rond. Puis celui de matelot sur un bateau qui n’atteindra jamais l’Asie. Le tout parsemé de beuveries, apparemment essentielles au vagabond, pour tenir le coup de l’éloignement et de la solitude. La vie de Kerouac ressemble à un road movie dans l’inconscient collectif, mais il faut se rendre compte que le tableau n’était pas toujours joyeux. Le voyage implique le déracinement, la précarité. Kerouac décrit les choses sans complaisance, et ne donne pas vraiment envie, à tout moment, de suivre ses traces.

La seconde partie du bouquin est plus intéressante. Les trips descriptifs sont moins nombreux, la réflexion et la contemplation sont plus posées, les morceaux de vie se font ainsi plus proches et touchants. Le passage à New York est sympathique avec un Kerouac qui s’arrête et observe les gens, la rue, avec du recul. Puis il y a le passage superbe dans la montagne qui correspond, en tout cas, à ma conception du voyage : solitude, sérénité, contemplation. Enfin Kerouac part vers l’Europe, en débarquant d’abord au Maroc, avant de traverser et de dresser le portrait de la France et du Paris des années 50. C’est d’ailleurs la seule fois où Kerouac est sur la route, l’occasion de faire le lien avec sa réflexion finale sur la condition de vagabond, une question toujours d’actualité. Mais nul doute que pour apprécier Kerouac, il faut adhérer à son style d’écriture alambiqué. Inutile de chercher du concret, de l’évasion « bigger than life ». Les délires de l’auteur, soi disant poétiques, ont plutôt tendance à brasser du vent. Ce style fait partie du personnage, libre et sauvage, mais peut se révéler hermétique.