Isaac Asimov - Fondation


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Première parution : 1951 (I), 1952 (II), 1953 (III), 1982 (IV), 1986 (V)
Edition : 2000 Folio SF
Quatrième de couverture du premier tome : En ce début de treizième millénaire, l'Empire n'a jamais été aussi puissant, aussi étendu à travers toute la Galaxie. C'est dans sa capitale, Trantor, que l'éminent savant Hari Seldon invente la psychohistoire, une science nouvelle permettant de prédire l'avenir. Grâce à elle, Seldon prévoit l'effondrement de l'Empire d'ici cinq siècles, suivi d'une ère de ténèbres de trente mille ans. Réduire cette période à mille ans est peut-être possible, à condition de mener à terme son projet : la Fondation, chargée de rassembler toutes les connaissances humaines. Une entreprise visionnaire qui rencontre de nombreux et puissants détracteurs...





Souvent cité comme une, sinon LA série incontournable du monde de la SF, le cycle de Fondation est bel et bien à la hauteur de sa réputation. Ces bouquins reposent sur une seule et unique idée : celle de la psycho histoire. Créée par Hari Seldon, un scientifique de la capitale impériale Trantor, cette science est censée prévoir l’avenir, en se reposant sur l’analyse statistique du comportement socio-économique des masses. Aidé de la psycho histoire Seldon affirme qu’il a élaboré un plan (le Plan) censé réduire la période de chaos entre la chute annoncée du Premier Empire Galactique et l’émergence du Second. Pour que le Plan fonctionne, il faut que la population concernée soit très importante (la loi de l’inertie) et ne soit pas au courant des prédictions. Un groupement créé par Seldon, la Fondation, composé des meilleurs scientifiques est ainsi envoyée à l’autre bout de la Galaxie, officiellement pour rédiger une encyclopédie réunissant toutes les connaissances de l’histoire de l’humanité avant la période de chaos, mais dans le but secret d’appliquer le Plan jusqu’à la constitution du Second Empire. Les tomes suivent ainsi l’histoire de la Fondation au fil des siècles. Chose incroyable, la série ne s’essouffle quasiment jamais, et relance toujours l’intérêt avec de nouvelles idées toutes plus intéressantes les une que les autres (ceci est surtout vrai avec les deux premiers tomes). Le Plan est ainsi mis à rude épreuve, sans cesse menacé par les agissements incontrôlables de la Galaxie, la question étant de savoir si la psycho histoire est belle et bien infaillible dans sa prédiction du futur ou si les évènements imprévisibles peuvent mettre à mal la théorie de Seldon et par là même la pérennité du futur Second Empire Galactique. Et Dieu sait si la Galaxie regorge de dangers chez Asimov.

Les cinq tomes du cycle peuvent être regroupés en deux parties : d’un côté les trois premiers volumes composés de nouvelles écrites durant les années 40 et 50 et publiées à l’origine dans des magazines SF, et de l’autre les deux derniers tomes qui sont de véritables livres écrits dans les années 80 suite au succès grandissant de la série auprès des lecteurs de science fiction. Il est marrant de constater qu’Asimov avait laissé sa série en plan, par lassitude, et ne comptait pas vraiment y revenir alors qu’elle était loin d’être achevée. En tout cas, on sent nettement la différence entre les trois premiers tomes et les deux derniers. Ma préférence va aux trois premiers volumes (surtout au 1 et au 2) qui sont de véritables chefs d’œuvres d’une grande finesse scénaristique. Le fait qu’ils soient composés de nouvelles permet de jongler entre les époques et donne une concision aux péripéties palpitantes qui s’enchaînent sans temps morts. Les générations se succèdent et les nouvelles embûches à la réalisation du Plan avec. Chaque nouvelle apporte ainsi sa cohorte de personnages qui tentent de résoudre les problèmes de la Fondation confrontée à l’hostilité sans cesse grandissante et remodelée des habitants de la Galaxie. A chaque crise, sa solution. Par moment, on a l’impression de revivre l’Histoire de l’humanité à la sauce space opera. Après tout, le récit d’Asimov parle d’expansionnisme, d’invasion, de colonisation, et des meilleurs moyens qui permettent de réaliser et de contrôler un Empire, moyens qui sont connus de tous : religion, commerce, technologie, politique ou tout en même temps… Asimov reprend ces thèmes pour les modeler dans un univers palpitant avec une psychologie aiguisée. La diplomatie est au cœur de l’intrigue de Fondation, les luttes de pouvoir sont incessantes, les personnages se livrent des bras de fer et font preuve d’un discernement qui surprend et amuse constamment. C’est un peu à qui sera le plus malin pour apporter une solution aux crises que vit la Fondation. En plus c’est traité avec légèreté et une verve passionnante. Chaque nouvelle apporte sa pierre à l’édifice et s’imbrique logiquement dans un schéma d’ensemble vraiment grisant, et ce jusqu’au troisième tome, où la dynamique commence un peu à s’essouffler.

A l’opposé des trois premiers volumes, le quatrième et le cinquième tome racontent une seule et même histoire. On retrouve les mêmes personnages tout au long d’une seule intrigue qui évolue pas à pas. Là où les nouvelles donnaient un rythme captivant au déroulement de l’histoire de la Fondation, ces deux derniers tomes prennent le temps de décrire les évènements et les personnages, parfois à l’excès. Les temps morts sont fréquents, et il ne se passe finalement pas grand-chose, surtout dans le dernier tome qui a tendance à tourner en rond, ballotant ses héros d’un côté à l’autre de la Galaxie sans donner l’impression d’avancer d’un pouce dans l’intrigue. Malgré tout, Asimov a su conserver l’atmosphère inimitable de sa série, les personnages sont toujours aussi attachants et amusants, et puis la quête du héros principal, Trévize, permet à Asimov de retomber habilement sur ses pattes et de tout expliquer en jetant une passerelle astucieuse avec son autre cycle phare : les Robots. On passe ainsi un bon moment avec les deux derniers tomes de Fondation, mais ils sont presque sans enjeu, ils traînent de manière nonchalante en longueur, ils s’étalent trop pour avoir la finesse des nouvelles première période. Enfin, cela reste une lecture tout à fait recommandable (et obligatoire pour qui a entamé et adoré les premiers tomes il en va de soi) qui conclue très bien un cycle par ailleurs incontournable. C’est l’essentiel.