Stephen Ambrose - Band Of Brothers


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Première parution : 1992
Edition : 2004 Le Livre de Poche (544 pages)
Quatrième de couverture :
À la veille du débarquement allié de 1944, une unité d’élite, la compagnie E de la 101e division aéroportée de l’armée de terre américaine – 140 hommes –, est parachutée dans l’arrière-pays normand. Au prix de combats meurtriers, elle va contribuer à bloquer la contre-offensive allemande. Puis, après une mission aéroportée en Hollande, la compagnie E se battra dans les Ardennes, avant de poursuivre sa marche héroïque jusqu’à Berchtesgaden, le nid d’aigle de Hitler… Historien, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, l’auteur a dépouillé les archives et rencontré les survivants pour composer, jour par jour, le récit de cette extraordinaire épopée.




Comme son nom l’indique, Band Of Brothers est le livre sur lequel Tom Hanks et Steven Spielberg se sont basés pour réaliser la série télévisée du même nom qui raconte l’histoire d’une compagnie aéroportée américaine durant la seconde guerre mondiale, depuis son camp d’entraînement jusqu’aux opérations sur le champ de bataille. Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette compagnie a combattu dans la plupart des grandes batailles décisives pour la libération de l’Europe : débarquement en Normandie, opération Market Garden en Hollande, bataille des Ardennes, prise du nid d’Aigle à Berchtesgaden… Ces soldats ont vraiment tout vécu, c’est ce qui rend l’histoire de cette compagnie, la compagnie E, si intéressante, si fantastique et pleine d’enseignement sur la vie et les sentiments des soldats envoyés au front, au cœur d'affrontements aussi importants dans le fond que variés dans la forme. Stephen Ambrose, l’auteur qui est une historien américain spécialiste de la seconde guerre mondiale, a souhaité avec Band Of Brothers livrer une vision de la guerre proche des soldats qui l’ont vécu, une guerre à dimension humaine, celle qui est la plus effrayante finalement, loin des faits souvent décrits de manière froide et dépassionnée.

La série télévisée est géniale, c’est clairement une œuvre de référence à propos de la seconde guerre mondiale. Malgré tout on aurait pu croire que la vérité soit par instant sacrifiée au profit du rythme nécessaire à une adaptation visuelle. On peut par exemple rester sceptique sur les scènes de bataille où les dizaines de balles tirées n’atteignent pas un seul soldat américain. Le livre montre qu’il n’en est rien, la série est fidèle au déroulement des évènements décrits par Ambrose, même si on pourra toujours trouver un passage légèrement arrangé. La prise de la batterie d’artillerie allemande à Carentan s’est belle et bien déroulée sans aucun mort du côté américain (si ce n’est une balle dans le derrière de Popeye), grâce au génie tactique de Richard Winters. Speirs a bel et bien couru à travers un champ enneigé à Foy dans les Ardennes en essuyant les tirs ennemis puis a franchi seul les lignes allemandes pour prendre contact avec une autre compagnie. A la lecture du livre, la série devient encore plus énorme. Mais je dois dire que la série est tellement bien foutue qu’elle se suffit presque à elle-même. Elle donne une épaisseur, un charisme et surtout un visage aux différents protagonistes auxquels on s’attache plus facilement (même dans le livre on sent la force de caractère de soldats comme Winters et Speirs, mais dans la série ils deviennent tout simplement grandioses). Les soldats paraissent beaucoup plus vivants et leur présence à l’écran est équilibrée, davantage que leur place dans le livre puisque Ambrose a construit son bouquin selon les témoignages des soldats qu’il a pu recueillir. Webster qui a écrit un livre sur ses expériences durant la guerre se retrouve ainsi souvent cité alors que les soldats qui sont morts au combat ne vivent que par les témoignages de leurs camarades. Eugene Roe, le doc, est visible tout au long de la série et a même un épisode qui lui est entièrement dédié (ce passage est absent dans le bouquin), alors qu’il est finalement peu présent dans le livre. La série apporte ainsi une dimension supplémentaire en faisant revivre la guerre en direct, en images et en son, sans compromis.

Le livre de Ambrose reste néanmoins très intéressant pour les fans de la série. Il a surtout le mérite de mettre en lumière certains passages occultés dans la série (mais pas tant que cela finalement, c’est là où on se rend compte que la série est très bien faite) comme la longue marche de la compagnie avant de partir à la guerre et tout un tas de petites anecdotes qui n’ont pas forcément trouvé leur place dans la série. La seule chose que je trouve un peu gênante c’est le patriotisme américain un peu envahissant de Ambrose qui n’hésite pas donner du « héros » à toutes les pages, tout en se défendant d’être patriote et ventant la modestie des soldats « qui faisaient juste leur job ». Pour Ambrose les soldats américains sont les plus forts, les mieux entraînés, les mieux armés, les plus maîtres du terrain, alors que les ennemis sont souvent décrits comme des incompétents. Je préfère à ce propos le ton de la série, plus neutre, où on ressent vraiment que les soldats n’étaient là que pour faire leur job (tout en se défoulant à certains moments) sans se croire mieux que les autres. Enfin cela reste un détail. La série télévisée est donc une tuerie, ça c’est définitif, et le bouquin apporte un complément sympathique et intéressant, mais pas bouleversant, pour ceux qui voudraient prolonger l’expérience Band Of Brothers.