The Legend Of Zelda : Twilight Princess (GC)


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Après un Wind Waker original et rafraîchissant, mais semble-t-il trop déroutant pour certains fans, Twilight Princess signe le retour aux fondamentaux de la série. Cet épisode renoue ainsi avec la veine classique des Zelda, les fantaisies sont mises de côté et l’artillerie lourde est de sortie afin de mettre tout le monde d’accord. Mais en vain, car comme d’habitude, personne n’est content ! Nintendo a tellement voulu faire plaisir aux fans de la première heure en ressortant les bonnes vieilles recettes que le jeu s’est rapidement fait critiquer comme n’étant qu’une copie sans âme d’Ocarina Of Time. Alors certes, Twilight Princess semble par moment réciter ses classiques mais il le fait avec un tel talent qu’il est impossible de le bazarder d’un simple revers de la main. Je suis sans doute un indécrottable fan de la série, trop borné pour avoir du recul, mais je trouve que Twilight Princess est une réussite magistrale et très certainement le meilleur Zelda, en tout cas mon épisode préféré.





Si le jeu reprend d’une certaine manière les grands classiques que l’on trouve dans Ocarina Of Time (et qui étaient déjà plus ou moins présents dans A Link To The Past, soit dit en passant), que ce soit le village Cocorico, le lac Hylia, le château d’Hyrule, la région volcanique, les Gorons et les Zoras, il les transcende à tel point que cet épisode n’a finalement plus grand-chose à voir avec son aîné. Inutile de dire que graphiquement Twilight Princess renvoie Ocarina Of Time six pieds sous terre. Il était déjà difficile de revenir sur l’épisode Nintendo 64 à cause du poids des ans mais cela devient désormais quasiment impossible, tant le gouffre technique est imposant et tant l’imaginaire heroic/fantasy de la série trouve son plein accomplissement avec Twilight Princess. Techniquement le jeu n’est pas irréprochable, et il sera forcément dépassé au fil du temps, mais artistiquement il est tout simplement sublime, et en fout toujours autant plein la vue (presque davantage que Skyward Sword, c’est dire !). Les fulgurances graphiques sont fréquentes et un tas de lieux marquent durablement les esprits. Evoluer dans l’univers de Twilight Princess est un bonheur de tous les instants qui n’a aucun équivalent dans la série, et surtout pas en comparaison d’Ocarina Of Time. C’est bien simple, quasiment tous les environnements sont magiques et possèdent une beauté féérique, presque poétique : que ce soit la forêt de Firone et ses couleurs chatoyantes, le village Cocorico à l’atmosphère aride, le lac Hylia et la demeure des Zoras, ces derniers n’ayant d’ailleurs jamais été aussi magnifiques, le château d’Hyrule imposant, sans oublier la touche sépia apportée par les passages dans le monde des ombres qui réserve également quelques passages inoubliables (rah, la grimpée des toits du château d’Hyrule)… Au milieu de ces purs moments de bonheur visuels, on sent les influences piquées à droite et à gauche, du Seigneur des Anneaux avec ses édifices grandioses mais à moitié en ruine, notamment sur la plaine d’Hyrule, en passant par Princesse Mononoke et ses esprits de la nature intimidants et majestueux. Ces influences sont digérées et parfaitement adaptées à l’essence de la série qui trouve ici, à mon sens, un aboutissement artistique évident. Les gars de chez Nintendo se sont clairement surpassés, et il leur sera difficile de faire mieux dans le même registre.





Concernant la progression, c’est certain que Twilight Princess ne révolutionne en aucune manière la série en se contentant de reprendre le bon vieux cheminement à travers des donjons afin de récupérer les artefacts essentiels à l’éradication du mal ! Comme d’habitude le scénario n’est pas bouleversant mais réserve son lot de péripéties emballantes et inattendues, entrecoupées de baisses de rythme et de passages plus classiques. Le jeu contient sans doute un petit peu moins de scènes cultes comparé à Wind Waker, mais il propose suffisamment de bonnes choses, notamment durant sa première partie, pour garder l’intérêt du joueur éveillé. La principale nouveauté c’est l’apparition du monde des ombres. Ce concept est certes semblable à celui du monde des ténèbres de A Link To The Past ou du changement d’époque d’Ocarina Of Time, mais la dualité entre le monde des ombres et celui de la lumière est bien traité et bien géré. Cela permet notamment d’introduire la transformation de Link en loup et le fantastique personnage de Midona qui nous suit tout au long de l’aventure et demeure un des sidekicks les plus attachants de la série. Le but de notre quête est de repousser l’invasion des créatures des ombres et de leur chef Xanto, qui ont pris possession du monde de la lumière en poussant la Princesse Zelda à la reddition. On voyage ainsi à travers le monde pour redonner vie aux différents endroits que l’on traverse. Mais tout n’est pas aussi évident que cela, et ce n’est qu’au fil de l’aventure que l’on apprend la véritable nature du monde des ombres et de leurs habitants ainsi que du rôle qu’ils jouent dans l’histoire.





Là où Wind Waker favorisait l’exploration au détriment des donjons, Twilight Princess remet volontairement les temples au cœur de la progression. Le jeu propose toujours des quêtes annexes pour combler les joueurs avides de poursuivre l’aventure jusqu’au bout, mais on ne retrouve pas grand-chose de palpitant, et ce n’est jamais aussi bien intégré que dans Wind Waker. La plaine d’Hyrule n’est pas très intéressante, le plus souvent on ne fait que la traverser, sans avoir envie de s’attarder à explorer ses recoins, alors qu’en fouillant un peu on trouve des grottes proposant quelques challenges. Le principal, le noyau dur du jeu, ce sont clairement les donjons et de ce point de vue c’est bien simple : Twilight Princess est le meilleur Zelda jamais créé. Il propose les temples à la fois les plus créatifs, les plus riches, les plus ludiques, immersifs et envoûtants de toute la saga. Chaque donjon possède sa propre personnalité, et cela est d’autant plus évident quand on fait le jeu pour la seconde fois. On retrouve certes de bons vieux classiques, comme le temple de la forêt et du feu en introduction mais ces thèmes sont revisités avec bonheur et proposent des idées originales et passionnantes comme la collaboration avec un petit groupe de singes et l’utilisation des bottes magnétiques qui offrent un level-design renversant et diablement réjouissant ! En fait chaque temple fonde son architecture sur une idée sans cesse renouvelée. Il est évidemment préférable de découvrir tout cela au fur et à mesure de la progression mais il est impossible de parler de Twilight Princess sans évoquer la créativité de ses donjons et le plaisir que l’on a à les parcourir, ainsi que toutes les images et les moments intenses que l’on conserve à l’esprit. On peut citer par exemple la salle rotative du temple de l’eau qui réserve des crampes de cerveau, l’utilisation du rouage de la Tour du Jugement, le Temple du Temps qui ressemble à une énigme géante à lui tout seul, ou bien encore le boulet de la maison des Yétis et le fabuleux double grappin du non moins renversant temple de Célestia.





Outre les idées foisonnantes qui stimulent à la fois l’imagination et la logique du joueur, le travail réalisé sur l’esthétique et l’ambiance des donjons est fantastique. Une fois de plus les temples marquent presque davantage pour leur beauté et leur charme que pour leur level design, même si les deux ont parfois tendance à fusionner. C’est d’ailleurs une des grandes avancées du jeu. On sent que des efforts ont été consentis pour créer des donjons mieux intégrés à l’univers, en les rendant plus vivants. C’est dans cette logique que l’on rencontre la petite troupe de singes dans le premier temple. Le second donjon dans la montagne de la mort est en réalité un lieu sacré où l’on croise différents sages au fil de notre progression. Les temples les plus mémorables sont sans conteste la maison des Yétis et Célestia. Le premier possède une ambiance géniale et jamais vue dans la série, on s’attache rapidement à cette demeure étrange et mystérieuse, aussi chaleureuse qu’intrigante. Même si la progression est la même que dans un temple classique (salles, clés, objets), on n’a pas l’impression d’être dans un donjon, grâce à la mise en scène, et à l’atmosphère dégagée par la maison et le décor. Cela peut paraître simpliste mais c’est un sentiment tout nouveau dans un Zelda, et donc totalement rafraîchissant et surprenant. Le temple de Célestia, quant à lui, est tout simplement magnifique. Ce n’est pas non plus un temple à proprement parler mais la ville d’une ancienne civilisation céleste. Evoluer dans les cieux est carrément grisant, notamment quand on met la main sur le double grappin qui permet de se prendre pour Spiderman en s’accrochant partout au-dessus du vide. Les décors sont une nouvelle fois sublimes, et l’aspect épique de ce donjon culmine avec l’affrontement contre le boss du lieu qui bat tous les records de classe et de charisme ! La beauté des donjons de Twilight Princess est insurpassable, ils m’ont vraiment foutu une seconde claque encore plus énorme quand je me suis refait le jeu. Impossible de ne pas mentionner également l’aspect séculaire et immémorial du Temple du Temps, ainsi que l’ambiance dérangeante du monde des ombres, ou bien encore le passage inoubliable dans le château d’Hyrule avec son architecture écrasante et fascinante.



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Le simple fait d’évoluer dans des environnements aussi éblouissants suffit au plaisir de jouer à Twilight Princess, mais naturellement, pour ne rien gâcher, le bonheur de manier Link est également au rendez-vous. D’un point de vue jouabilité, le jeu instaure un nouveau standard de qualité pour la série. Chaque épisode améliore le plaisir et Twilight Princess ne déroge pas à la règle. Les changements sont infimes finalement, mais ils se ressentent de manière subtile, c’est de l’ordre du feeling : Link gagne en fluidité et en souplesse, on a le sentiment de vraiment maîtriser ses mouvements et de pouvoir en faire presque ce que l’on veut. Les combats ne sont peut-être pas aussi funs que dans Wind Waker mais pour tout le reste, le confort de jeu est inégalable et l’apparition d’un objet comme le double grappin (oui, encore) offre des sensations fantastiques et toutes nouvelles. La principale nouveauté du jeu réside dans la transformation en loup, et je dois dire que c’est plutôt réussi. L’aspect brut de décoffrage et un peu simpliste de la maniabilité du loup peut décevoir au premier abord mais avec la pratique on s’aperçoit que l’animal offre justement une autre approche du jeu : et quel plaisir de pouvoir bourriner les ennemis en leur sautant dessus et en les mordant au cou ! Certains ennemis sont ainsi plus simples à affronter en loup. Les capacités de la bestiole se révèlent utiles, et il est parfois préférable de franchir certains obstacles sous cette forme. Si au début, la transformation semble sous exploitée, elle est finalement plutôt intéressante, les donjons durant la seconde partie du jeu n'oubliant pas d'en tirer partie. Et la maniabilité du loup offre de meilleures sensations que celles d’Amaterasu dans Okami. Plus massif, plus puissant, mais aussi plus agile, le loup de Twilight Princess met la pâtée à la déesse réincarnée.





Twilight Princess présente également la particularité de pouvoir être joué soit sur Gamecube soit sur Wii puisque le jeu est sorti sur les deux consoles de Nintendo. Il est de bon ton de choisir son camp entre la version Gamecube et la version Wii. Pour ma part, je serais bien en peine de départager les deux versions. On sent malgré tout que le jeu a été pensé à l’origine pour être joué sur Gamecube car la maniabilité sur cette console est beaucoup plus équilibrée et se révèle exempte de tout reproche. On frise la perfection, avec notamment la possibilité incontournable et essentielle de faire pivoter la caméra dans tous les sens pour une meilleure approche de l’environnement. La version Wii n’offre pas cette possibilité mais cela se révèle moins gênant que prévu. Ce n’est pas aussi confortable mais la caméra reste bien gérée et on oublie vite cette contrainte relative. Le jeu sur Wii se distingue évidemment par l’utilisation de la wiimote. Autant cette manette devient vite indispensable et réjouissante quand on doit viser avec le pointeur, que ce soit avec l’arc ou le grappin, autant le fait de devoir secouer la manette pour donner des coups d’épée est tout de suite beaucoup plus discutable. La reconnaissance des mouvements est inexistante, on se contente de secouer la wiimote dans tous les sens, un peu bêtement, pour frapper les adversaires.

On est en plein dans l’utilisation gadget de la wiimote, et on est loin, mais vraiment très loin de la finesse de Skyward Sword qui, lui, a été pensé à partir de la wiimote et justifie ainsi complètement l’utilisation de la reconnaissance de mouvements. La version Wii de Twilight Princess possède donc des bons et des mauvais côtés : s’il est difficile de se passer de la précision, de la simplicité et du plaisir à manier un objet comme l’arc ou le grappin grâce au viseur, il n’en demeure pas moins que la jouabilité est moins bien calibrée et équilibrée que sur Gamecube. Et il est déroutant de passer d’une version à l’autre car la totalité de l’univers est inversé pour que Link soit droitier dans la version Wii. Ce qui se trouve à gauche sur Gamecube se trouve à droite sur Wii et vice versa, et mine de rien c’est perturbant (notamment en ce qui concerne la plaine d’Hyrule), et ce même si on joue aux deux versions à quatre ans d’intervalle comme ce fut mon cas. Dans mon esprit, la version de référence reste celle de la Gamecube, parce que c’est avec elle que j’ai découvert le jeu.

On peut tout à fait critiquer Twilight Princess pour de bonnes raisons (le jeu ne révolutionne pas la série, il reste facile, la plaine est un peu vide, les combats à cheval sont plutôt foirés et pas intéressants, et je ne parle pas des petits détails frustrants comme les innombrables rubis inutiles) mais à mon sens cet épisode transcende la série, il représente la quintessence, la version ultime et définitive de Zelda dans sa veine classique, que ce soit artistiquement, avec un univers d’une beauté renversante, et d’un point de vue gameplay, avec une jouabilité qui n’a jamais été aussi plaisante et aboutie. Le jeu propose également quelques uns des meilleurs donjons de toute la série, les idées sont brillantes et enthousiasment et les ambiances qu’ils proposent sont de purs moments de bonheur et d’émerveillement. Le plaisir d’évoluer dans l’univers de Twilight Princess est présent à chaque seconde, et c’est une sensation si rare qu’il serait dommage de bouder sa joie sous prétexte que cet épisode ne constitue pas la révolution tant attendue.



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