Sonic Heroes (GC)




Premier épisode inédit du hérisson bleu à sortir sur des consoles non estampillées Sega (Gamecube et PS2), Sonic Heroes s’inscrit dans la lignée des opus Adventure tout en proposant une nouvelle manière de jouer. Le jeu reprend le concept de Sonic Adventure 2, puisque l’on peut incarner plusieurs équipes issues du camp des gentils ou des méchants : on peut ainsi choisir entre la team Sonic (Sonic, Tails, Knuckles), la team Dark (Shadow, E-123 Omega, Rouge), la team Rose (Amy, Big, Cream) et la team Chaotix (Espio, Vector, Charmy). Au total on peut manier douze personnages. Le but consiste ensuite à traverser des niveaux gigantesques, remplis de loopings, de plates-formes et d’ennemis, afin d’atteindre le goal ring symbolisant la fin du niveau, tout en écrasant un boss (Eggman quoi) de temps en temps entre deux stages. Une formule déjà pratiquée dans Sonic Adventure 2. Mais Sonic Heroes se distingue dans la façon d’aborder les niveaux. On ne joue plus les niveaux avec un seul personnage, mais avec une équipe de trois protagonistes avec lesquels on peut alterner à tout moment selon la topographie du terrain.

Chaque personnage possède bien évidemment des capacités qui lui sont propres. Par exemple, dans la team Sonic se composant de Sonic, Tails et Knuckles, Sonic est de type Speed, il est rapide, il peut faire une homing attack, une attaque tornade ou bien encore faire un light dash en suivant les lignes de rings ; Tails est de type Flying, il peut voler sur une moyenne distance et ainsi transporter ses camarades qui s’accrochent à ses basques, il peut alors les lancer pour attaquer les ennemis ; enfin Knuckles est de type Power, il est très puissant, il frappe avec ses poings et peut planer en tenant les mains avec ses coéquipiers. Chacune de ces capacités est à utiliser à bon escient dans les niveaux. La tornade de Sonic permet ainsi de s’accrocher et de tourner autour d’un mat pour pouvoir prendre de la vitesse et être projeté à longue distance. Planer avec les trois personnages est la seule manière de s’élever grâce au courant d’air ascendant d’un ventilateur. Certains ennemis situés en hauteur sont en général seulement accessibles grâce à l’attaque de Tails qui envoie ses potes sur l’ennemi. Les niveaux obligent constamment à jongler entre les personnages afin de franchir les obstacles qui se dressent sur notre route. Quand on a connu la frénésie des Sonic Adventure c’est un peu frustrant car on a l’impression d’être stoppé tous les dix mètres par un obstacle qui nous contraint à changer de personnage. Le début du jeu est très laborieux, le temps d’adaptation pour bien assimiler les différentes capacités est plutôt conséquent. Le jeu semble mal rythmé, les niveaux bien trop longs (la première fois on les finit en 10 minutes en moyenne au chrono, donc sans compter les innombrables morts) et on ne retrouve ni la fluidité ni la vitesse grisantes des Sonic Adventure.





Péniblement, le jeu prend son envol au fil des niveaux, une fois que l’on a compris le fonctionnement des capacités et la mécanique de progression. On alterne alors de manière plus instinctive avec les personnages et choisir le bon perso pour franchir un obstacle devient une source de plaisir. Sonic Heroes révèle alors son potentiel, et s’affirme comme un jeu bien différent de ses aînés en 3D. Si la forme est quasiment identique, le fond apporte de véritables nouveautés. Les niveaux ont une dimension réflexion dans le sens où il faut apprendre à progresser en ciblant la bonne capacité à utiliser au bon endroit. Il faut ainsi activer des boutons, parfois bien planqués ou accessibles grâce à certains personnages. L’observation est importante et on ne se contente pas de foncer tête baissée. Les niveaux réservent par ailleurs des chemins alternatifs selon les personnages que l’on choisit d’utiliser. Le meilleur chemin permet naturellement d’optimiser son score et d’aller plus vite dans le niveau, mais il ne se trouve pas au premier run. L’architecture des niveaux est en tout cas impressionnante, bien plus que celle de n’importe quel niveau des Sonic Adventure. La profondeur de champ et l’arrière plan bien garni doivent jouer dans cette impression de gigantisme que l’on ressent dans certains niveaux comme celui dans la ville, dans le canyon ou à bord des troupes aériennes d'Eggman. Ce niveau où l’on doit sauter de vaisseau en vaisseau en plein dans le ciel donne le vertige et rappelle énormément le niveau de Sonic 2 se déroulant à bord du vaisseau d'Eggman. Les stages de Sonic Heroes sont de plus en plus forts au fil du jeu et les sensations, difficilement accessibles au début, sont finalement au rendez-vous. Les loopings et autres phases de grind sont ébouriffants de vitesse, et même si dans ces moments-là on est en pilote automatique on est souvent sollicité pour esquiver un obstacle et le fun est tellement grand qu’on ne s’ennuie jamais. Une fois apprivoisé le système de jeu, les niveaux de Sonic Heroes apparaissent comme une grande réussite et possèdent des passages vraiment mémorables. Et si durant les premières parties ils semblent beaucoup trop longs, l’expérience venant on maîtrise les subtilités du gameplay et on avance alors beaucoup plus vite, sans bloquer trois plombes sur un passage trop corsé.





Sonic Heroes aurait pu être un très bon jeu s’il ne succombait pas au problème récurrent des Sonic 3D, à savoir une jouabilité hasardeuse. Je pense qu’elle est encore pire que celle des épisodes Adventure. Le nombre de fois où l’on tombe dans un trou à cause d’une caméra mal placée ou d’un vitesse trop grande et incontrôlable sont incalculables. Sonic a la fâcheuse tendance à rebondir dès qu’il se prend un rebord. Plus il va vite plus il rebondit loin et plus il a de chance de tomber dans un trou. Sa homing attack et le light dash subissent également des défections très frustrantes quand on se retrouve au dessus du vide. Des fois le jeu va tellement vite qu’il nous envoie directement dans le vide à la sortie d’un passage à grande vitesse sans que l’on puisse faire quoi que ce soit. Le vol de Tails est tout aussi horrible à gérer, il se cogne dans des murs invisibles et agripper un interrupteur situé en hauteur relève du calvaire. Parfois, la jauge de vol s’épuise avant que l’on ait pu atteindre une plate-forme à force de se cogner dans des murs invisibles, ou bien la caméra se place de telle manière qu’il est très difficile de voir précisément où l’on va atterrir. Knuckles n’échappe pas à la règle : enchaîner plusieurs coups de poings se révèle périlleux car les attaques ne sont pas très précises et l’échidné a tendance à taper dans tous les sens. Quand on se retrouve sur une petite plate-forme les risques de passer par-dessus bord sont très grands.

Un des derniers niveaux possède ainsi un passage où l’on doit accomplir trois actions avec chacun des trois personnages de la team Sonic pour pouvoir progresser. Sonic doit atteindre un endroit en faisant une homing attack sur des adversaires au-dessus du vide, Tails doit voler de plate-forme en plate-forme pour atteindre un autre endroit et enfin Knuckles doit détruire un ennemi gigantesque situé sur une petite plate-forme. Ce passage condense toutes les tares de la jouabilité de Sonic Heroes et il est, à ce titre, un des plus horripilants du jeu. Soit Sonic loupe son homing attack et disparaît dans le vide, soit Tails se vautre dans un trou car on ne voit pas où l’on atterri, soit Knuckles tape et tombe par-dessus bord. Il faut garder son calme et son sang froid sinon c’est pétage de câble assuré. Le pire c’est que ce passage se situe en toute fin de niveau, du coup si l’on perd toutes ses vies on est obligé de recommencer depuis le début du niveau. Cet aspect est d’ailleurs très frustrant quel que soit le niveau car un seul passage un peu corsé suffit souvent à griller toute nos vies et nous oblige à recommencer tout le niveau. Sachant que les niveaux sont très longs, surtout la première fois qu’on les fait, c’est pénible de buter sur un obstacle loin dans le niveau et de tout devoir se retaper. Ces situations ne sont pas rares car les niveaux comportent pas mal de passages difficiles à franchir du premier coup, soit car ils sont durs, soit car il faut plusieurs tentatives avant de comprendre la manière de les franchir. Le jeu est assez vache et ne se prive pas de nous balancer un obstacle à éviter alors que l’on est lancé à pleine vitesse en train de grinder une rampe au dessus du vide, par exemple. L’anticipation est dans ce cas quasiment impossible et il faut alors rejouer le passage, plusieurs fois la plupart du temps, avant de pouvoir mémoriser le bon enchaînement d’action à réaliser. Sonic Heroes est un jeu plutôt difficile, même si la persévérance et la patience permettent toujours d’arriver à ses fins.





Le dernier aspect un peu dommage de Sonic Heroes c’est que le gameplay et les niveaux ne changent quasiment pas quelle que soit l’équipe choisie. Chaque team possède un membre de type Speed, un de type Flying et un de type Power. Certains mouvements changent selon les spécificités physiques des personnages (Espio peut par exemple se rendre invisible et lancer des shurikens) mais cela ne modifie pas le gameplay en profondeur. On parcourt ainsi les mêmes niveaux. Seuls quelques passages ponctuels sont modifiés, ce qui rend les parties plus ou moins difficiles selon l’équipe (la team Rose correspond au degré facile, alors que la team Dark équivaut au degré difficile). Avec la team Chaotix le but des niveaux n’est plus d’arriver à la fin mais d’accomplir des objectifs comme récupérer un certain nombre d’objet ou tuer des ennemis (le niveau prenant fin au moment où l’objectif est rempli), mais les niveaux ne changent pas pour autant. Contrairement à Sonic Adventure 2 qui tirait partie de l’opposition méchant/gentil pour construire un scénario somme toute intéressant, intégrant les niveaux dans une certaine logique d’ensemble, la dimension scénaristique et l’intérêt des différentes team sont quasiment inexistants dans Sonic Heroes. L’histoire des équipes est vite balancée via trois ou quatre cinématiques entre les niveaux, mais les motivations des personnages ne sont pratiquement pas développées et très sommaires. L’enchaînement des niveaux, quant à lui, n’obéit à aucune logique. L’intérêt de finir le jeu avec les quatre équipes est donc plutôt limité, puisqu’on a surtout l’impression de faire quatre fois le même jeu. C’est en tout cas un bon moyen d’augmenter la durée de vie du jeu qui semble importante si on veut finir le jeu à 100%. Une première partie se boucle en 5 ou 6 heures, les suivantes en un peu moins mais suffisamment pour atteindre les 20 heures de jeu sans doute.

On peut aussi refaire les niveaux en mode défi pour récupérer des emblèmes supplémentaires en finissant les niveaux avec de nouveaux objectifs selon l’équipe (aller le plus vite, récupérer un certain nombre d’anneaux, tuer un nombre donné d’ennemis…). On peut aussi en profiter pour choper les émeraudes de chaos. Pour ce faire il faut trouver la clé dans le niveau concerné et la garder jusqu’à la fin (en gros il ne faut pas mourir une fois qu’on l’a récupérée) pour accéder à un bonus stage pas super passionnant (il ressemble à celui de Sonic 2) qui permet de gagner une émeraude. Réunir les huit émeraudes et finir le jeu avec les quatre équipes donne accès au véritable boss final. De quoi tenir les fans en haleine même si le principe n’est pas très ludique. Quoi qu’il en soit, Sonic Heroes est un jeu qui ne cesse d’alterner le bon et le moins bon. A l’image de ses niveaux riches en sensations, ce titre ressemble à une montagne russe, avec des hauts et des bas. Aux premiers pas laborieux succède un net regain d’optimisme et de plaisir une fois maîtrisé les techniques de jeu pour finalement rester sur une impression mitigée à cause d’une jouabilité loin d’être convaincante, de l’intérêt relatif des quatre teams et d’un background pauvre. Sonic Heroes propose néanmoins des choses intéressantes (la coopération réussie et certains niveaux gargantuesques) et a le mérite de ne pas se reposer sur les lauriers des épisodes précédents. Il arrive à dégager sa dose de fun, même si je trouve que les deux Sonic Adventure (notamment le premier, archi culte) lui restent supérieurs.