Ratchet & Clank (PS2)




Développé par Insomniac Games (les papas de Spyro), le premier Ratchet & Clank est sorti en 2002 et a su marquer les esprits par son univers et son duo de personnages attachants. La première chose qui frappe quand on commence le jeu, même aujourd’hui, c’est la beauté et la clarté des graphismes. Le moteur est le même que celui de Jak & Daxter, autre jeu d’aventure/plate-forme emblématique de l’époque avec lequel on a d’ailleurs beaucoup comparé Ratchet & Clank. On retrouve donc des graphismes travaillés, avec des décors qui sont parfois impressionnants et fourmillent de détails, ainsi que des animations fluides qui rendent les personnages vivants, bourrés d’expression et de réactions en tout genre. L’univers est une des grandes réussites du jeu. On est tout de suite conquis par la gouaille et l’insouciance de Ratchet qui se fout plus ou moins de l’avenir de la galaxie et préfère fantasmer sur les gadgets en tout genre. Clank, quant à lui, est un robot qui a réussi à s’échapper des usines du Président Drek et cherche à contrecarrer les plans de son géniteur. Le Président Drek souhaite en effet dépouiller les planètes de leurs ressources naturelles pour reconstituer celles de sa propre planète devenue invivable à cause de la pollution. Rencontrant Ratchet un peu par hasard, Clank arrive à l’embarquer dans son aventure, même si les relations entre les deux personnages ne seront pas de tout repos au cours du jeu, pour ne pas dire contradictoires, ce qui réserve naturellement quelques moments amusants. L’humour est très présent, à travers les personnages secondaires et les flashs d’information ou les publicités qui parsèment l’aventure et adoptent un ton légèrement crétin et sérieusement parodique (je suis fan du super anti-héros Qwark). En fait l’univers est une sorte de parodie des space opera avec tout ce que cela implique : extraterrestres abrutis, savants fous, créatures loufoques, technologies abracadabrantesques, méchants démoniaques j’en passe et des meilleures. On nage en pleine SF humoristique et pour les fans du genre qui aiment les voyages intersidéraux (comme moi), l’ambiance du jeu est plaisante et addictive.





On débute le jeu sur la planète de Ratchet, mais on met très vite la main sur un vaisseau qui va permettre de se balader dans la Galaxie afin de visiter plusieurs planètes différentes. Ces planètes font office de niveaux dans lesquels il faut accomplir certaines missions pour pouvoir espérer débloquer de nouvelles planètes et ainsi de suite. En fait, les planètes se débloquent quand on trouve des info robots faisant état des évènements sur les planètes concernées : menaces du Président Drek, invasion, publicité à propos d’un nouvel objet… En gros ce sont des vidéos à caractère informatif délirantes qui peuvent n’avoir aucun lien avec le scénario principal. La progression peut paraître arbitraire et pas spécialement logique, ou plutôt pas intégrée dans un scénario qui se révèle au final assez secondaire. Mais ce n’est pas grave car le plaisir de découvrir une nouvelle planète est plus important que le reste. Mine de rien, le jeu comporte beaucoup de planètes, même s’il faut avouer qu’elles ne sont pas très grandes. Le plus souvent, on a trois ou quatre objectifs à accomplir par planète, qui se résument à mettre la main sur de nouveaux gadgets nécessaires à la progression, à aider des personnages ou à éliminer des ennemis. On identifie assez vite les endroits où se rendre pour accomplir les objectifs car il existe autant de chemins que d’objectifs. Il suffit de consulter la carte pour deviner les parcours consacrés à chaque objectif. Ce que je veux dire par là, c’est que les environnements ne sont pas vraiment ouverts, on remarque vite que les planètes sont en fait composées de plusieurs chemins délimités relativement linéaires. On sait que si on s’aventure dans tel coin de la carte c’est pour accomplir un objectif précis et que si l’on veut revenir au point de départ il faudra faire demi tour en se retapant tout le trajet parcouru jusque-là ou en continuant jusqu’à compléter l’objectif et utiliser le moyen que le jeu met intelligemment à disposition à chaque fois pour revenir au point de départ, là où le vaisseau est garé. L’exploration libre est donc relativement absente et on ne se perd pas car toutes les actions sont assez claires et guidées.





Ce n’est pas un défaut en soi, c’est un parti pris assumé qui se traduit surtout par une maîtrise totale du terrain de jeu et du gameplay étonnamment riche. A l’instar de Banjo et Kazooie, Ratchet est le personnage qui accomplit toutes les actions de base (sauter, marcher, s’agripper) et qui utilise les armes pléthoriques proposées dans le jeu, tandis que Clank reste accroché au dos de son partenaire et sert de complément lors de mouvements spéciaux comme les supers sauts ou le planage. Lors de certains passages on est obligé de se servir uniquement de Ratchet ou de Clank. Le plus intéressant c’est la panoplie de compétences du petit robot qui peut alors contrôler d’autres petits robots et leur faire accomplir quelques actions (attaquer, rester, suivre, entrer). Mais ces passages sont relativement anecdotiques et c’est bien dommage car on sent que les possibilités sont sous-exploitées. En fait le jeu propose vraiment un tas de choses ébouriffantes. Je pense qu’il y aurait de quoi faire deux ou trois jeux avec le contenu qui est proposé, mais au final, tout ce contenu vient parfois à être noyé sous sa propre quantité. On ramasse ainsi un paquet de gadgets en tout genre tout au long de l’aventure. Certains servent à la progression et à accéder à de nouveaux endroits comme les chaussures magnétiques qui permettent de marcher sur des chemins en acier quitte à avoir la tête en bas ! On peut également mentionner le casque à oxygène utile pour respirer dans l’espace, sous l’eau et sur une planète polluée, et le grappin permettant de franchir des ravins. Mais à côté de ces outils qui servent souvent au cours des niveaux il y en a des plus secondaires ou dont on ne se sert qu’une fois ou deux, à l’image du gadget qui permet de se transformer en robot et d’infiltrer les lignes ennemies ou du détecteur de métal qui permet de trouver des boulons enfouis dans le sol (les boulons sont la monnaie du jeu ; on peut également en récupérer en tuant les ennemis et en cassant les caisses présentes partout sur les planètes).





Même constat en ce qui concerne les nombreuses armes que l’on trouve dans les niveaux ou que l’on peut acheter auprès du marchand présent sur chaque planète. On trouve de tout : mitrailleuse, lance-flamme, bombes, lance roquette, arc électrique, bombes sur pattes… Au bout d’un moment on ne sait même plus quelle arme choisir pour réduire les ennemis en bouillie ! Ce choix est très plaisant mais certains armes sont anecdotiques comme l’aspiro canon qui aspire les ennemis et s’en sert ensuite comme projectile, et surtout l’arme qui transforme les adversaires en poulet ou celle qui les attire en émettant du bruit. Cette profusion accentue un peu plus l’humour du jeu, et ce n’est pas vraiment une critique que je fais car j’ai bien aimé voir autant d’idées proposées par les concepteurs. On sent qu’ils ont pris du plaisir à créer toutes ces choses et cela se répercute sur l’ensemble du jeu. Ratchet & Clank est un jeu qui transpire la passion et l’amour du travail bien fait, difficile de ne pas être enthousiasmé devant un tel résultat, si frais et réjouissant. Mais on a parfois le sentiment (rare) que certains aspects du gameplay sont tout juste effleurés, comme si les concepteurs avaient été emportés dans leur élan et avaient tout misé sur le jeu. A l’époque, ils ne pouvaient sans doute pas prévoir que le jeu allait avoir l’honneur de connaître des suites, ce qui explique la densité d’idées qui virent parfois à la démonstration de force. Je me demande comment les épisodes suivants ont réussi à apporter de nouvelles choses, tant le premier paraît blindé à ce niveau (je constaterai par moi-même en temps voulu).





Ratchet, accompagné de Clank, se transforme ainsi en véritable inspecteur gadget, jonglant entre les objets divers et variés. Au fil du jeu les compétences augmentent de manière considérable. Par exemple, au début on ne peut pas respirer longtemps sous l’eau et on ne nage pas vite, avant de trouver le casque à oxygène et de transformer Clank en hydro pack permettant de progresser comme un poisson dans l’eau. L’évolution du duo est vraiment bien sentie. Mine de rien, le jeu n’est pas si facile que cela. Le finir n’est pas très dur mais certains passages imposent quelques séances de die & retry. Des missions s’apparentent ainsi à un parcours du combattant où il faut éviter des obstacles et éliminer une chiée d’ennemis. En cas de mort on reprend en général au début du chemin que l’on est en train d’explorer. Ce n’est donc pas frustrant au point d’être dégoûté mais il vaut mieux peaufiner sa stratégie avant de foncer dans le tas. Dans ces cas, le choix des armes est très important. Si on peut noter quelques passages plates-formes plus ou moins délicats avec des sauts à gérer, Ratchet & Clank s’apparente finalement plus à un jeu d’action sans véritables temps morts, sans cesse prenant, proposant toujours un truc pour amuser et surprendre. On n’a pas le temps de s’ennuyer devant la succession des missions à accomplir, des nouvelles planètes à parcourir et des épreuves à franchir. La jouabilité est quasiment parfaite, l’utilisation des armes dans leur ensemble est assez simple avec la possibilité de viser en vue subjective, ou à l’aide d’un lock automatique. On peut bouger la caméra dans tous les sens avec le stick droit (il est juste dommage que la caméra ne soit pas aussi réactive que dans Super Mario Sunshine). Le seul petit souci concerne le menu de sélection des armes que l’on fait apparaître avec la touche triangle. Ce menu comporte huit emplacements alors qu’on dispose d’une trentaine de gadgets. On est souvent amené à passer par le menu disponible en faisant pause pour pouvoir changer d’objets, ce qui coupe l’action.





Enfin ce ne sont que des détails car Ratchet & Clank est une réussite presque totale. Ce jeu m’a vraiment enchanté grâce à son univers délirant, peuplé de personnages hauts en couleurs et de décors magnifiques. Les dialogues des personnages sont doublés en français et de très bonne qualité, accentuant un peu plus l’attachement que l’on éprouve pour les divers protagonistes émaillant l’aventure. Le ton est léger, rafraîchissant, plein de réparties qui font mouche. Les niveaux, quant à eux, possèdent un design très soigné, avec une ambiance SF dantesque et immersive. J’aime particulièrement le mariage entre technologie et nature que l’on retrouve sur plusieurs planètes. On arpente également des villes aux perspectives vertigineuses, des planètes plus sauvages ou paradisiaques, des stations spatiales, le tout grouillant de vie de manière très crédible (même si cela tient uniquement à des engins volant dans le ciel). De ce point de vue, le jeu paraît une nouvelle fois tellement complet qu’il est difficile de voir ce que les autres épisodes peuvent apporter de plus. Cela étant dit, l’univers aurait pu être encore mieux exploité, je pense. Il est vraiment riche et bien foutu, c’est vrai, mais il aurait pu l’être encore plus. Au début, on est excité de pouvoir voler de planètes en planètes pour les explorer et découvrir de nouveaux environnements sublimes, on se croirait dans un space opera déjanté, puis la surprise se tasse car la progression est finalement assez linéaire, les planètes s’explorant les unes après les autres. Il existe bien quelques missions qui ne peuvent s’effectuer qu’en trouvant le bon objet sur une planète accessible plus loin dans le jeu mais ce genre de progression « étagée » n’est pas vraiment utilisée dans le jeu. Quelques bonus sont proposés pour inciter à mieux explorer les planètes, comme les boulons d'or bien planqués et les points de compétences à gagner en effectuant des actions spécifiques, mais l’intérêt de ces bonus est très limité à moins de vouloir finir le jeu à 100% (à vrai dire je n’ai pas vraiment compris à quoi servaient les points de compétence). On a donc un peu l’impression d’avoir des planètes légèrement sous-exploitées. On peut en dire de même en ce qui concerne les personnages secondaires qui proposent quelques bonnes tranches de rigolades et arrivent à exister en l’espace de quelques répliques, puis disparaissent le temps d’avoir torché la mission leur étant liée. C’est dommage. J’aurais bien aimé, par exemple, en savoir plus sur Skid MarcMax, le champion de hoverboard cool qui fait une apparition digne de Star Wars dès le début. Le seul personnage un peu développé est le Capitaine Qwark et il est d’ailleurs très réussi. En gros, il y aurait eu matière à faire un univers plus cohérent et homogène pour un jeu encore plus épique et fun. Enfin, sur le moment on profite du jeu à fond car Ratchet & Clank est un super titre, mais après coup c’est vrai que l’on aurait peut-être aimé que l’aventure soit encore plus grandiose.