Medal Of Honor : En Première Ligne (GC)




Surfant sur la vague du succès du film Il faut sauver le soldat Ryan, la série Medal Of Honor a vu le jour à l’aube des années 2000 sur Playstation grâce au studio Dreamworks, propriété de Steven Spielberg (également à l’origine du film avec Tom Hanks). Bien accueillie dès le premier épisode, cette série de FPS a véritablement impressionné avec l’opus Débarquement Allié paru sur PC en 2001, dont une des missions se déroulait lors du débarquement des troupes américaines sur les plages Normandes. Tout était fait pour immerger le joueur au cœur de l’action frénétique du débarquement, faisant un parallèle évident avec la scène mythique du film de Steven Spielberg. Medal Of Honor : En Première Ligne, paru en 2002, est en quelque sorte l’adaptation console (PS2, XBox et Gamecube) de Débarquement Allié. Les missions diffèrent plus ou moins mais l’esprit est toujours là.





En Première Ligne débute ainsi par la scène du débarquement, fidèlement adaptée du Soldat Ryan. On est embarqué dans un bateau transporteur à côté de nos frères d’armes qui se chient dessus. Au fur et à mesure que l’on approche de la plage, on entend le crépitement des tirs et la furie du combat. Et puis la porte du bateau s’ouvre et on plonge dans la mer : les balles fusent sous l’eau, des soldats meurent avant d’avoir pu rejoindre la plage. Enfin, on contrôle notre personnage (le lieutenant Patterson) et on est un peu déboussolé car on ne sait pas trop où aller, si ce n’est foncer tout droit vers les bunkers qui se profilent à l’horizon. Il faut en fait rejoindre le supérieur qui nous demande de réunir les soldats éparpillés pour pouvoir aller percer les défenses ennemies, en faisant péter les barbelés puis en prenant les bunkers d’assaut. On a beaucoup gaussé à l’époque sur cette première mission, sur son intensité et sa mise en scène. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, et il faut avouer qu’elle n’est plus aussi impressionnante que cela. La plage est plutôt déserte, on se ballade un peu comme on veut, on ne craint pas grand-chose. Le semblant de vie est maintenu par quelques ficelles comme ce médecin qui tente de sauver un soldat à terre, cet homme qui se fait descendre, ou un obus qui explose pas loin en faisant sauter une gerbe de sable. Cette mission fait encore son petit effet mais l’intensité n’est pas aussi clouante que celle du débarquement dans le Soldat Ryan, il va sans dire. Le jeu brille surtout par son sens astucieux de la mise en scène, deux ou trois détails suffisant à dresser le décor, et par sa grande maîtrise du son et de l’ambiance (les rafales de mitrailleuses et autres explosions, ainsi que les cris et les paroles des soldats mettent tout de suite dans le bain). Ces remarques sont valables pour la totalité du jeu. Les graphismes ont pris un petit coup de vieux, et le jeu manque un peu d’envergure malgré sa réputation, mais l’ambiance Seconde Guerre Mondiale est globalement réussie et constitue un des plus gros points forts de Medal Of Honor : En Première Ligne.





L’intensité retombe bien vite après la mission du débarquement qui constitue un peu l’arbre qui cache la forêt. Par la suite, Medal Of Honor enchaîne les missions (19 au total) tout à fait classiques pour un FPS. On est souvent balancé seul au milieu des lignes ennemies pour déjouer les plans des nazis, à travers la France (une opération de sabotage à Lorient), la Hollande (via l’opération Market Garden dans la campagne hollandaise), et l’Allemagne (pour déjouer les plans de construction de l’avion HO-IX). La mise en scène se fait rare, et on retourne dans un schéma basique avec des niveaux d’une grande linéarité. On a l’impression d’évoluer dans des couloirs et d’aller d’un point A à un point B. On a des objectifs à accomplir mais, étant donné la linéarité des niveaux, ils se réalisent les uns après les autres. Si on a oublié de compléter un objectif il suffit de revenir quelques pas en arrière pour trouver l’objet/le lieu que l’on a zappé en passant trop vite devant. On peut faire appel à la radio à tout moment pour avoir des renseignements lorsqu’on bloque dans un endroit (en général c’est parce que l’on a loupé un détail). En tout cas les niveaux, bien que longs, font preuve de frilosité et de peu d’inventivité, comme en attestent les bons vieux passages incontournables en véhicules ou aux commandes d’une mitrailleuse, en train d’arroser les vagues ennemies. Quelques effets de manche subsistent selon les missions mais c’est souvent de la poudre aux yeux qui cherche à donner de la profondeur à un level design classique à mort. Dans un niveau en Hollande, on passe au milieu des décombres d’une ville, des soldats alliés combattent contre l’ennemi, on essaie alors de prendre part à l’affrontement et d’aider nos potes, mais au bout d’un moment on se rend compte que cela ne sert à rien et ne fait que nous ralentir car il faut de toute façon tracer tout droit en laissant les combats derrière nous, sans remords. Un jeu comme Perfect Dark, et même Goldeneye, possédait un level design dix fois plus créatif et intéressant que celui d'En Première Ligne. D’un autre côté, cette linéarité donne un aspect nerveux et pas prise de tête à ce Medal Of Honor : on peut se permettre de tracer et de ne pas trop réfléchir sans risquer de louper un objectif. Oui, cette optique aurait pu être intéressante si la jouabilité ne s’avérait pas aussi perfectible.





A une époque, il ne me serait pas venu à l’idée de critiquer les FPS console pour leur maniabilité hasardeuse à la manette, incomparable au combo clavier/souris. En fait, je n’ai jamais joué à un FPS sur ordinateur, et pendant longtemps mes seules références de FPS c’était Goldeneye et Perfect Dark avec lesquels je n’ai jamais eu de problèmes de prise en main. Depuis, j’ai compris en quoi le clavier et la souris devaient être jouissifs pour un FPS car s’amuser à Medal Of Honor : En Première Ligne avec une manette c’est à se tirer une balle. Le jeu ne possède pas de visée automatique. Jusque-là ce n’est pas un drame, car c’est le cas de la majorité des FPS. On peut choisir plusieurs types de jouabilité, selon que l’on veuille utiliser le stick C pour viser ou non. Bon, avoir le choix de la maniabilité c’est bien, et chacun trouvera midi à sa porte mais quel que soit le choix ce n’est jamais la panacée car bien viser reste très difficile et on est constamment en train d’ajuster sa cible pour tirer sur l’ennemi. On va dire que c’est tout à fait normal pour un FPS console, et c’est vrai, car ce problème est presque récurrent dans le genre. En fait, ce qui est bien plus difficile à avaler, c’est la gestion des impacts proche de l’incompréhensible. Parfois on a l’ennemi en ligne de mire, on tire mais on ne le touche pas. D’autres fois, on a beau vider un chargeur complet à bout portant, l’ennemi est toujours vivant en train d’esquiver nos balles tout en ripostant. Je veux bien que les armes ne soient pas toutes efficaces et que les balles aient tendance à se disperser mais à ce niveau d’imprécision c’est abusé. Si les armes sont si imprécises et si on ne touche pas les ennemis à bout portant en les visant, le fait de tirer à côté devrait alors permettre de les toucher mais malheureusement ça ne marche pas ainsi et on se demande bien pourquoi.

Bref, la jouabilité est très frustrante. On en vient à éviter certaines armes censées être dévastatrices (le BAR notamment) mais qui sont inefficaces dans la pratique, pour un pistolet de base plus précis. En plus les ennemis sont très résistants, on a beau les plomber dans le corps ils ont tendance à se relever au bout de plusieurs secondes alors qu’on leur a tourné le dos, les croyant morts. On n’a pas vraiment le sentiment d’être puissant et d’infliger des dégâts, la maniabilité manque singulièrement de pêche. Ce problème de jouabilité rend le jeu plus dur qu’il n’y paraît, même en mode facile. Les niveaux vers la fin sont truffés d’ennemis en nombre impressionnant. Franchir certains passages est un véritable calvaire. On essaie d’abord d’y aller en finesse en reconnaissant un peu les lieux, en localisant les ennemis, les nids de mitrailleuses et autres bazookas pour les éliminer à coup de fusil sniper (voilà une arme qu’elle est bien et fiable). Mais quand on voit qu’on se fait troncher car on est seul contre une trouzaine d’ennemis qui parfois semblent apparaître de nulle part pour prendre la relève de leurs collègues morts, on fonce dans le tas sans chercher à comprendre et vu que nos tirs à bout portant sont d’une imprécision affligeante, on trace en esquivant les ennemis qui, heureusement, ne sont pas très doués. Tracer sa route est souvent le moyen le plus efficace pour accomplir les missions, plutôt que de se faire chier à tuer consciencieusement les ennemis. Autant dire que ce n’est pas très amusant. Heureusement, ce genre de cas concerne surtout les derniers niveaux, bien chiants et bien durs (d’ailleurs, sans la tonne d’objets de soin disponibles, ce serait l’horreur, je n’ose pas imaginer ce que doit être le mode difficile).





Medal Of Honor : En Première Ligne reste néanmoins un FPS honorable, mais même pour sa date de sortie, il ne mérite sans doute pas les éloges qu’on a pu lui faire à l’époque. Aujourd’hui il lui reste surtout une ambiance très réussie au niveau sonore et quelques chouettes décors, même si les graphismes ont pris un coup dans la gueule. Cela rend le jeu plaisant à jouer, malgré des niveaux très classiques et linéaires, ainsi qu’une jouabilité qui laisse un peu à désirer. C’est vraiment cette jouabilité qui empêche Medal Of Honor : En Première Ligne d’être un très bon FPS, pas génial mais un peu au-dessus de la moyenne, car elle handicape le jeu en le rendant trop peu énergique et imprécis. Finalement on retrouve la patte EA des James Bond (en tout cas sur Espion Pour Cible), sympathique mais manquant de punch et de nervosité, avec des armes très imprécises, même si l’ambiance de ce Medal Of Honor est plus prenante et travaillée que celle de l’agent 007.