James Bond 007 : Espion Pour Cible (GC)




Restée quelques années dans l’ombre écrasante du Goldeneye de Rare, la licence James Bond a su retrouver un second souffle au début des années 2000 avec la génération 128 bits. Sans renouveler l’univers du FPS, les titres James Bond ont réussi à se tailler une petite réputation de seconds couteaux sympathiques et défoulants. C’est justement en oubliant l’héritage de Goldeneye trop lourd à porter et en se contentant de fournir des jeux funs et simples, qu'EA a trouvé le bon créneau pour sa juteuse licence. Premier épisode à voir le jour sur les consoles 128 bits, à savoir la Gamecube, la XBox et la PS2, Espion Pour Cible est ainsi l’opus du renouveau pour James Bond. Pour mieux se démarquer de ses prédécesseurs, cet épisode n’est pas adapté d’un film et propose une histoire inédite, avec un James inconnu au bataillon, même si le visage de l’agent 007 évoque celui de Pierce Brosnan (sans doute une histoire de droit à l’image). On sent qu’EA a voulu se laisser une marge de manœuvre pour pouvoir créer un FPS à sa manière sans avoir de contraintes trop lourdes à supporter. Mais si l’univers d’Espion Pour Cible ne fait référence à aucune aventure de Bond connue jusque-là, l’ambiance est au rendez-vous. Humour, gadgets à gogo, gros flingues, jolies filles, belles bagnoles, histoire de complot international à base de trafics de clones et de méchants mégalos : tout est là ! Cette ambiance très cool et décontractée (ah le flegme légendaire de l’agent 007) donne un charme évident au jeu.





Ne cherchant à aucun moment à révolutionner le FPS, Espion Pour Cible se décompose en missions (douze en tout), durant lesquelles on doit accomplir des objectifs précis. James Bond oblige on fait le tour du globe pour déjouer les plans machiavéliques d’Adrienne Malprave et de ses sbires, méchants attitrés du jeu. On visite ainsi Hong Kong, les rues de Bucarest, un bateau à Monaco, une base sous-marine, un château perché sur une montagne… Pour venir à bout des missions on dispose d’un arsenal assez conséquent. Outre les armes aussi diverses que variés (pistolet, fusil d’assaut, mitraillette, sniper, grenades), on possède des gadgets très utiles comme le laser qui détruit les cadenas, la télécommande qui brouille les ondes ou le grappin qui permet de s’agripper à certains endroits. Il faut vraiment penser à utiliser ces gadgets car ils nous sortent souvent de ce qui nous paraît être une impasse. Par exemple, avec le grappin, il faut apprendre à lever la tête et regarder partout pour trouver la grille à laquelle on peut s’accrocher pour atteindre un endroit apparemment inaccessible. On se croirait presque dans un Zelda. On dispose également d’un jet pack qui permet de sauter vachement haut mais son utilisation est limitée. Ce sont les seules petites originalités d’un gameplay vraiment basique et bourrin. Tirer sur tout ce qui bouge, voilà le plus important ! Les ennemis se cachent derrière les éléments du décor mais ils ne sont pas si intelligents que cela car ils continuent souvent à se planquer alors qu’on a contourné leur cachette pour les canarder à bout portant. Par contre, les snipers sont particulièrement forts et ratent rarement leur cible une fois qu’ils nous ont dans leur viseur. Afin de varier les plaisirs, certaines missions se déroulent en véhicules, à bord de voitures ultra customisées, accueillant missiles et mitraillettes de toute sorte. On doit alors se repérer dans le trafic pour atteindre les objectifs au moyen d’un GPS affiché dans le coin de l’écran. On peut même conduire un tank à un moment donné, sans doute un hommage au mythique Goldeneye.





La jouabilité est bonne, que ce soit durant les phases à pied ou au volant des véhicules qui carburent et collent idéalement à la route, autorisant des courses poursuites enlevées. Le seul petit problème concerne la visée qui n’est pas automatique. Il faut alors se placer de manière à bien tirer sur son ennemi ou alors viser de manière manuelle en maintenant le bouton L enfoncé. Outre ce "détail" que l’on retrouve dans la plupart des FPS console, c’est surtout la précision des armes qui fait défaut. Je veux bien que dans la réalité les tirs n’atteignent pas tous leur cible située à des dizaines de mètres selon une trajectoire bien nette et rectiligne mais à ce point c’est un peu fort. Les tirs ont une nette tendance à partir dans tous les sens, et à s’éparpiller partout dans les airs sauf sur l’ennemi que l’on vise. On vide souvent un chargeur pour liquider un adversaire vu qu’une seule balle sur deux, au mieux, atteint sa cible. Evidemment certaines armes sont pires que d’autres question précision mais aucune n’excelle dans ce domaine. Difficile de savoir si ce choix a été fait pour paraître plus réaliste (ce qui serait très discutable) ou pour rendre le jeu plus difficile (ce qui serait tout aussi discutable) mais c’est dommage, car si les armes avaient été plus efficaces, le jeu n’en aurait été que plus jouissif et fun. La localisation des dégâts est par ailleurs hasardeuse. Les dégâts semblent imputés à la seule puissance de l’arme. Une balle de sniper suffit par exemple à tuer un ennemi, qu’importe l’endroit du corps où l’on tire. Un headshot ne signifie pas automatiquement un mort, il faut véritablement plomber les adversaires pour être sûr de les avoir refroidis. C’est dommage, on a l’impression que le jeu manque un peu de répondant alors qu’on ne demande qu’à être une machine de guerre qui extermine toute résistance (et c’est clairement ce que souhaitaient les développeurs).





Histoire de rallonger la durée de vie, chaque mission propose de gagner des médailles (de bronze à platine) avec bonus à la clé, selon le score que l'on atteint. Ce score dépend entre autre de la difficulté choisie, du nombre d’ennemis tués, de la précision des armes (c’est pas gagné), des dégâts reçus, de la durée de la mission et des astuces Bond. Ces astuces sont en fait des actions de classe à accomplir durant les missions. Trouver un chemin alternatif en ouvrant un conduit d’aération, éliminer un ennemi donné, sauter au-dessus du vide en voiture, détruire un élément du décor : les actions sont assez nombreuses. Certaines se trouvent aisément, d’autres non, mais en effectuer une est toujours amusant car cela déclenche la célèbre musique de James Bond et l’effet est parfois surprenant (comme l’activation d’un réacteur d’avion de chasse qui permet d’éliminer plusieurs ennemis d’un coup). Cela rend les niveaux plus ludiques, même si la recherche de toutes les astuces s’adresse surtout à ceux qui veulent torcher le jeu dans tous les sens. Et il faut avoir beaucoup de patience pour compléter le jeu à 100%. Les missions sont longues et durent en général autour des dix minutes. Le problème c’est que quand on meurt on doit recommencer depuis le début de la mission, ce qui est pénible sur certains niveaux où l’on doit se retaper plusieurs fois de longues sections avant de comprendre la manière de franchir un passage difficile sans se faire tuer. Espion Pour Cible aurait sans doute dû être plus compact et nerveux dans tous ses aspects, que ce soit au niveau de la structure des missions ou de la jouabilité, pour être un FPS définitivement fun et amusant, sa vocation première. Quelques défauts et certaines facilités viennent un peu gâcher le potentiel défoulant de ce jeu. Ce James Bond reste néanmoins plaisant, son ambiance désinvolte et ses petites idées sympathiques suffisent à en faire un jeu recommandable pour qui veut passer un peu de temps sans trop réfléchir.