Drakengard (PS2)




Dans Drakengard, le joueur incarne Caïm, un jeune guerrier de l’Union luttant contre les sbires de l’Empire dans une guerre dévastatrice. L’Empire veut briser les différents sceaux répartis à travers le monde pour utiliser la graine de la renaissance et ainsi ressourcer les terres qui dépérissent de jour en jour. Le problème c’est que l’un de ces sceaux n’est autre que Furiae, la sœur de Caïm, et que, selon certaines légendes, briser les sceaux n’entraîne pas la renaissance du monde mais sa destruction totale. En bref, c’est le bordel et l’incompréhension, d’où grosse guerre pour régler les petits malentendus entre l’Union et l’Empire. Le scénario de Drakengard est assez nébuleux et ésotérique et il est quand même sacrément difficile de saisir tous les enjeux de l’histoire et les motivations des différents personnages. En fait, ce qu’il faut comprendre c’est que c’est un peu chacun pour sa gueule, les protagonistes étant tous aussi névrosés les uns que les autres. Caïm ne vit que pour tuer et étriper tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. Inuart, ami de Caïm et amoureux de Furiae, se sent honteux de sa faiblesse et recherche la puissance pour montrer au monde et à Caïm qu’il mérite Furiae au point d’en être complètement obsédé et de se compromettre. Furiae se trouve un peu paumée au milieu de tout cela et se retrouve ballottée contre son gré. En tant que déesse elle en prend plein la tête du début à la fin, même si au final sa présence est plutôt discrète.





Tout au long de l’aventure on croise d’autres personnages secondaires que l’on peut utiliser en soutien, qui ont leurs propres histoires et qui sont tous aussi déjantés les uns que les autres, entre Arioch, l’elfe dévoreuse d’enfant, Verdelet, le prêtre pleutre que Caïm adore martyriser, et Leonard, l’humain aux humeurs instables. L’univers de Drakengard est très noir et n’est porteur d’aucun espoir. Tout semble devoir se terminer par la destruction du monde et la corruption des âmes, même les plus nobles. L’ambiance apocalyptique et le caractère torturé et sans compromission des personnages sont souvent cités comme les points forts du jeux. Si cela donne un cachet unique à Drakengard, je trouve cependant que le scénario est relativement anecdotique et surtout mal mis en scène. Les cinématiques qui parsèment l’aventure sont dans l’ensemble assez chiantes et très mal rythmées (voire pas rythmées du tout), les dialogues sont nombreux et peu intéressants, on ne comprend décidément pas où tous ces évènements sont censés nous amener, on ne saisit pas trop les réactions des personnages qui finissent par devenir caricaturaux à (ré)agir un peu n’importe comment. L’histoire semble ruinée par ses propres excès qui n’autorisent aucune nuance ni subtilité. Drakengard est un jeu de bourrin, ce qui se confirme d’ailleurs dans le gameplay, hérité des ARPG les plus primaires qui soient.





L’aventure est découpée en chapitres eux-mêmes subdivisés en versets. Chaque verset jouable (certains correspondent à des cinématiques) consiste à réaliser une mission. En gros il y a deux types de missions : au sol et dans les airs. Caïm, comme tous les autres personnages du jeu, a en effet passé un pacte avec un être, en l'occurence un Dragon, afin de ne pas succomber à ses blessures. En échange de ce pacte il a perdu la voix mais s’est adjoint les services du Dragon sur lequel il peut monter à l’occasion pour atomiser les ennemis. Concrètement durant les phases au sol Caïm est largué sur un champ de bataille, seul avec son arme au poing, et doit trucider les vagues d’ennemis qui se présentent à lui. De nouveaux objectifs sont assignés au fil de la mission mais se résument à tuer un groupe précis d’ennemis avant de passer au suivant (ils sont indiqués sur la carte consultable à tout moment). Le gameplay est très basique et bourrin, on frappe, on frappe et on frappe encore, alignant les cadavres avec une célérité impressionnante. On dispose de plusieurs armes que l’on peut récupérer dans des coffres durant les missions. Le jeu compte 64 armes en tout, mais on ne peut en choisir que 7 au moment d’aller sur le champ de bataille. Les armes se répartissent en plusieurs catégories et se différencient, entre autres, par leur poids, leur portée et leur puissance qui conditionnent la rapidité avec laquelle Caïm manie l’arme et l’ampleur des dégâts qu’il inflige. On peut ainsi jouer avec des épées classiques, des masses lentes mais puissantes, des haches, des lances ou bien des marteaux.





Chacun trouvera son bonheur dans le lot même si je trouve que rien ne vaut les épées de base. Les marteaux ou les masses sont peut-être puissants mais dans la mêlée leur lenteur est très handicapante, quel que soit le type d’adversaire. Les armes évoluent (elles ont toutes quatre niveaux) quand on a tué suffisamment d’ennemis avec. L’évolution permet d’allonger les combos de l’arme et d’augmenter la puissance de la magie qui y est liée. La magie se révèle pratique quand il faut faire le ménage autour de soi mais elle n’enrichit pas vraiment le gameplay car elle se déclenche en appuyant sur la touche triangle, rien de plus. Il faut juste faire attention à ne pas utiliser de magie contre les ennemis qui en sont immunisés, sous peine de se prendre un sort de renvoi dans la gueule. Autre petite subtilité relativement sommaire, il est possible de déclencher un super coup dévastateur si on appuie au bon moment sur la touche triangle lors des combos. Les alliés peuvent être appelés un certain nombre de fois durant les missions, ils prennent alors la place de Caïm le temps que leurs HP tombent à zéro, mais là aussi ce n’est pas très intéressant ni très utile (les alliés n’ont rien de plus que Caïm). Il est également possible de parer avec L2 et d’effectuer des roulades avec L1 et R1 mais dans la pratique ces boutons sont rarement utilisés, hormis pour les attaques à distance du type flèche ou magie et pour esquiver un contre ennemi.





Le panel des possibilités est donc limité, Drakengard est un beat them all dans la plus pure tradition : on rentre dans le tas sans trop réfléchir du genre « tuez les tous ! ». La seule originalité c’est que l’on peut appeler le dragon dans les espaces ouverts pour l’enfourcher et arroser les troupes ennemies à coup de boules de feu et troncher des pelletées de soldats en quelques secondes. Mais le dragon ne peut pas aller partout et on doit poser pied à terre dès qu’on obstacle se présente, même s’il semble dérisoire comme quelques arbres disséminés à droite et à gauche. Malgré cela le gameplay reste relativement pauvre et l’action est, de ce fait, très répétitive. C’est indéniable, durant les phases au sol on fait un peu toujours la même chose et on a parfois l’impression de ne pas voir la fin des vagues ennemies qui nous tombent sur le râble. Le carnage que l’on réalise reste néanmoins très jouissif, et c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on accumule les « proies » ennemies, dévastant tout sur son passage. Caïm dégage un véritable sentiment de puissance et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Après tout dépend du profil du joueur, certains s’ennuieront vite et d’autres arriveront à prendre leur pied. Je dois avouer que j’ai bien aimé les combats de Drakengard et que je n’ai jamais rechigné à repartir au combat pour casser du soldat ennemi même si la lassitude et la routine ne sont jamais très loin, surtout lors des longues missions. Le jeu a parfois été critiqué pour ces phases au sol répétitives mais je trouve qu’il ne s’en sort pas trop mal à ce niveau et propose quelque chose de sympathique, à défaut d’être riche, sans doute bien aidé par l’univers sombre et la classe des différentes unités que l’on est amené à affronter. Celles-ci vont des soldats de bases aux gros chevaliers en armure en passant par des créatures aussi diverses que des ogres, des gnomes et des squelettes. Voir s’afficher le nombre d’ennemis terrassés à la fin de chaque mission est réjouissant et témoigne de l’ampleur des batailles. Chaque ennemi tué rapporte de l’expérience et permet à Caïm de gagner des niveaux et ainsi d’augmenter sa barre de vie, sa puissance étant toujours déterminée par l’arme qu’il manipule.





Les missions aériennes à dos de dragon se présentent, quant à elles, comme une sorte de shmup où l’on contrôle un dragon, donc, et où l’on tire sur les troupes adverses en crachant du feu. Le dragon dispose d’une attaque simple et puissante ou d’une attaque qui permet de locker plusieurs cibles mais qui occasionne moins de dégâts. Ces phases sont originales dans le cadre d'un jeu de type RPG mais restent très classiques dans leur exécution. N’étant pas très fan de shmup j’ai eu un peu de mal à adhérer à ce genre de missions. Il faut un certain temps d’adaptation avant de maîtriser à peu près le dragon, car ses mouvements sont lents et il est difficile de suivre les ennemis pour leur tirer dessus. On a parfois du mal à voir d’où viennent les attaques, certains ennemis sont très rapides (du type dragon) et se dérobent sans cesse à nos tirs. Il faut dire que les caméras n’aident pas beaucoup à suivre l’action. Par moment elles sont tout simplement horribles en se focalisant sur un point sans daigner bouger alors qu’on fait face à l’écran et que l’on ne voit même pas où l’on va. Ces problèmes sont d’ailleurs également présents lors des phases au sol et plus d’une fois on avance sans savoir à quel moment on va tomber nez à nez avec les ennemis. Mais au sol on a toujours le temps de réagir, alors que c’est tout de suite plus difficile quand on manie un dragon qui pèse trois tonnes. Les phases de vol manquent de feeling, à moins que ce ne soit moi. En tout cas je n’ai pas trouvé cela au top de la jouabilité. Petit à petit on s’y fait et le dragon évoluant et gagnant en puissance au fur et à mesure de l’expérience engrangée, on finit par le maîtriser plus facilement mais ces passages ne m’ont pas paru irréprochables et certains boss sont particulièrement chiants. A la limite, j’attendais que les phases de vol se finissent pour mieux retourner décimer les ennemis à terre.





Malgré une routine qui s’installe très vite, le jeu est long et propose pas mal de choses à faire. Il existe ainsi des chapitres bonus que l’on peut débloquer en réunissant certaines conditions. Ces chapitres offrent une voie alternative à l’histoire de base et réservent ainsi cinq fins différentes. On a même droit à des chapitres consacrés aux personnages secondaires, ce qui permet de les manier, mais je n’ai pas eu l’occasion de débloquer ces chapitres. En fait ce qui est un peu dommage avec ces chapitres bonus c’est que l’on perd les transformations acquises pour le dragon si l’embranchement scénaristique permettant d’accéder au dit chapitre se situe avant l’évènement qui a conduit à la transformation du dragon (celui-ci n’évoluant qu’au gré du scénario). Par exemple le dragon gagne la transformation de niveau 3 au début du chapitre 8 (le dernier de l’histoire de base), mais débloquer le chapitre 9 implique d’accomplir un verset du chapitre 7 sous certaines conditions. Du coup on passe du chapitre 7 au chapitre 9 sans que le dragon évolue et l’expérience que l’on a augmentée en étant au niveau 3 n’est plus disponible. Il faut alors à nouveau booster l’expérience du dragon sous sa forme de niveau 2, car l’expérience n’est pas attachée au dragon mais au niveau de sa transformation. Je chipote mais c’est un peu frustrant quand on a passé quelques temps à augmenter la puissance du dragon pour se retrouver dépossédé quand on veut avancer dans les chapitres bonus. Par contre, et ça c’est bien, on peut utiliser sa première partie pour débloquer les chapitres bonus sans avoir à tout se retaper.





Outre les chapitres bonus, on peut passer son temps à collecter toutes les armes disponibles dans le jeu et là on n’est pas sorti de l’auberge. Elles sont incalculables et se gagnent de plusieurs manières. Certaines se récupèrent dans le mode mission libre. Ce mode fait office de complément aux missions de base, mais en gros le principe est toujours de trucider une tonne d’ennemis, le seul truc c’est que ça ne sert pas à faire avancer le scénario, c’est juste pour le fun et se faire de l’expérience tant que l’on veut puisque les missions libres peuvent se faire à volonté. C’est dans ce mode en général que l’on booste l’expérience de Caïm et du dragon. Les armes peuvent se gagner à la fin des missions mais le plus souvent elles se trouvent dans des coffres. Soit ces coffres sont visibles à l’écran soit il faut éliminer certains ennemis pour les faire apparaître. Quand la carte indique un ennemi étrangement isolé, on peut être sûr que c’est un méchant à tuer pour gagner une arme. En général ces ennemis sont très particuliers, alors soit ce sont de gros bourrins qui font très mal, largement plus que les adversaires de base, soit ils doivent être battus en un minimum de temps, soit les deux à la fois. Et puis là, inutile de se retrancher pour tenter de recharger sa barre de vie avant de revenir à la charge car une fois que l’on retourne croiser le fer l’ennemi a regagné toute sa vie. Bref, le challenge est corsé et réunir toutes les armes est ardu. La quête ne s’arrête pas là car une fois les armes récupérées il faut toutes les faire monter au niveau max pour prétendre avoir torché le jeu à 100%. Sachant qu’il y a une soixantaine d’armes à faire monter au niveau 4 et que chaque niveau nécessite en gros de trucider plusieurs centaines de soldats, je vous laisse faire les comptes. Finir le jeu en ligne droite m’a pris dix heures, tout faire quadruple sans doute ce montant, voire plus. Pas mal pour un ARPG au relent de beat them all primaire et bourrin. Il faut avoir une sacrée âme de complétiste pour finir Drakengard à 100%, c'est-à-dire s’enfiler des heures de combats rentre dedans.





Au final Drakengard est un jeu mi figue mi raisin qui mise beaucoup sur la noirceur de son univers mais propose une réalisation technique bancale et un gameplay qui semble avoir été vite torché. Ce jeu manque clairement de finition. Sans être trop mauvais, les graphismes ont pris un petit coup de vieux et le brouillard est omniprésent, sans parler du placement hasardeux des caméras. Pourtant, malgré ces défauts, Drakengard arrive à proposer un peu de fun, notamment lors des phases de combat au sol qui défoulent bien. Inutile de chercher des subtilités ou de la variété, Drakengard c’est un jeu taillé pour les bourrins qui remplit honnêtement son office mais qui est loin d’être un indispensable sur PS2. Les phases à dos de dragons apportent un peu de nouveauté mais ne sont pas suffisamment réussies pour confirmer des ambitions que Drakengard n’arrive jamais vraiment à concrétiser.